LectureSérie - Clémentine BeauvaisSérie - Emily de New MoonSérie - Maïwenn AlixSérie - Noblesse ObligeSérie - Toshikazu Kawaguchi
LECTURES EN VRAC : Les petites reines, Le café où vivent les souvenirs, Liberté Oblige, La Quête d’Emily
Les petites reines de Clémentine BEAUVAIS
Éditions Audiolib – Lu par Rachel ARDITI – 2017 – 375 minutes
Éditions Sarbacane (grand format), J’ai lu (poche) – 2015, 2019 – 272 et 320 pages – 16 € et 8 €
Avertissement : [personnages tenant des propos grossophobes]
Radar à diversité : [personnage en situation de handicap, diversité corporelle]
À cause de leur physique ingrat, Mireille, Astrid et Hakima ont gagné le « concours de boudins » de leur collège de Bourg-en-Bresse. Les trois découvrent alors que leurs destins s’entrecroisent en une date et un lieu précis : Paris, l’Élysée, le 14 juillet. L’été des « trois Boudins » est donc tout tracé : destination la fameuse garden-party de l’Élysée !!! Et tant qu’à monter à Paris, autant le faire à vélo – comme vendeuses ambulantes de boudin, tiens ! Ce qu’elles n’avaient pas prévu, c’est que leur périple attire l’attention des médias… jusqu’à ce qu’elles deviennent célèbre !!! Entre galères, disputes, rigolades et remises en question, les trois filles dévalent les routes de France, dévorent ses fromages, s’invitent dans ses châteaux et ses bals au fil de leur odyssée. En vie, vraiment.
Premier roman de l’autrice pour ma part, après avoir adoré son album jeunesse Les lettres de mon hélicoptêtre et son essai Écrire comme une abeille, j’étais impatiente de découvrir certains romans. J’ai donc écouté en version audio Les petites reines et c’est un gros coup de cœur. Un régal du début à la fin.
C’est hyper pétillant, la lecture audio était parfaite et la narratrice savait parfaitement donner de la matière, du vivant au récit. Quant à la plume de Clémentine Beauvais, elle est truculente. Une remarque, une réplique, une réflexion, une blague, une description, tout est soigné du sol au plafond pour apporter un ton inoubliable au livre, c’est à mourir de rire. Et derrière l’humour corrosif, se cache de très beaux messages de sororité, d’amitié, on parle aussi de féminisme, de diversité corporelle, de choix et de rêve, d’adolescence, d’amour, jamais dans le trop, toujours en subtilité au détour d’une rencontre, d’une ville.
Les choix de l’autrice sont audacieux et m’ont totalement fascinée, scotchée et je suis tombée dedans très rapidement. Le concours ignoble pour juger le physique de ces trois ados, leur roadtrip à travers la France pour aller à la garden-party de l’Elysée, les articles de presse et les réseaux sociaux, les motivations de chacune pour faire ce périple, vendre du boudin… Tout est parfaitement pensé pour rendre le récit dynamique, prenant, attachant et atypique.
L’histoire m’a séduite du début à la fin, j’ai aimé la bonne énergie qui s’en dégageait. Les trois jeunes filles sont géniales à suivre, Mireille est acide, Hakima est trop adorable et j’apprécie ses interventions presque naïves, Astrid était ma préférée, tout en empathie et en sagesse. Elles sont très différentes et se complétaient parfaitement, leur amitié était fluide. J’ai adoré le grand frère d’Hakima, Kader, l’histoire, la personnalité, c’était un vrai soutien et un garde-fou précieux.
La bonne humeur est au rendez-vous pour un roman qui se veut aussi drôle que soucieux d’apporter à des personnages obèses une histoire rocambolesque menée tambour battant et qui parle de poids, du corps sans être moralisateur d’un côté comme de l’autre. Le traitement du harcèlement et de l’adolescence est super bien fait et je suis désormais impatiente de pouvoir me plonger dans les Facétieuses, Pierre Bayard déteXtive privé ou encore Âge tendre. Quant à celui-ci, j’espère me procurer le format poche ne serait-ce que pour le relire dans sa version papier et lire l’adaptation en bande dessinée.
Le café où vivent les souvenirs de Toshikazu KAWAGUCHI
Tome 3 de la saga Tant que le café est encore chaud
Éditions Le livre de poche – 2024 – 224 pages – 9 €
Roman | Fantastique | Contemporain | Japon | Café | Tranche de vie
Avertissement : [thématiques de deuil et de maladie, mort]
Radar à diversité : [auteur et personnages japonais, culture japonaise]
Sur le flanc du mont Hakodate, au nord du Japon, le café Dona Dona est réputé pour sa vue imprenable sur le port de la ville. Mais surtout, comme au café Funiculi Funicula à Tokyo, il est possible pour ses clients d’y vivre une expérience extraordinaire : voyager dans le passé, le temps d’une tasse de café. On y rencontre Yayoi, une jeune fille qui en veut à ses parents défunts d’avoir fait d’elle une orpheline ; Todoroki, un comédien se languissant de son épouse et de leurs rêves communs ; Reiko, submergée par la disparition de sa sœur ; et Reiji, qui comprend trop tard à quel point il aime son amie d’enfance… Autant d’âmes sincères goûtant à la saveur de moments perdus, et qui apprennent à envisager l’avenir avec plus de sérénité.
Un troisième tome très chouette à lire, j’ai beaucoup aimé le fait de changer de cadre, cela donnait une ambiance très estivale en somme, parfaite pour la période à laquelle je le lisais. Un autre bon élément, c’est d’y ajouter des références au premier opus, notamment avec l’histoire de Kei et de sa fille Mikki. C’était hyper touchant.
Je suis toujours fan de cette atmosphère tranche de vie contemplative, avec une plume simple et efficace, des thématiques liées au travail, à l’épuisement, à la famille, à la maladie aussi, au dépassement de soi, à la compréhension de l’autre, au deuil, ce sont des mélanges passionnants qui donnent aux histoires présentées leur singularité.
En dépit des thèmes vus et revus à travers chaque tome, l’auteur sait manier les parcours de vie pour nous offrir de l’originalité ; il s’y prend aussi avec divers corps de métier, ou des relations uniques à développer, des choix qui nous amènent à nous poser des questions, je pense notamment à la toute dernière histoire, celle de Reiji.
Les histoires de Yayoi au sujet de ses parents, de sa vie chaotique à cause de leur décès ou bien l’intrigue autour de Reiko qui ne se remet pas de la mort de sa sœur, ce sont deux chapitres qui sont très émouvants et comptent parmi mes préférés. J’ai adoré en savoir plus sur l’univers des humoristes à travers Reiji et Todoroki. Très contente de retrouver Kazu et Nagare, et quelle joie de rencontrer la petite Sachi absolument trop adorable et attachante.
Liberté Oblige de Maïwenn ALIX
Éditions Slalom – 2024 – 399 pages – 18 €95
Littérature Young Adult | Dystopie | Uchronie | Télé-réalité | Royauté | Enquête | Politique
Avertissement de la maison d’édition : [ce roman contient des scènes de sexe et de violences explicites]
Très chers téléspectateurs, bienvenue dans cette nouvelle saison de Noblesse Oblige ! La révolution de 1789 n’ayant pas abouti, la France est dirigée par le Roi Louis XXI. La monarchie autoritaire s’assure néanmoins le soutien du peuple en mettant en scène son faste et sa cour dans des émissions de téléréalité. Noblesse oblige est la plus regardée d’entre elles. On y suit chaque année une poignée de jeunes roturières élues, à qui l’on offre la chance de rencontrer de grands héritiers et de faire un mariage avantageux. Gabrielle, secrètement antiroyaliste, apprend qu’elle fait partie des candidates. Une occasion rêvée d’infiltrer la monarchie et de dénoncer ce qui se cache sous le vernis de la cour. Or ce qu’elle va découvrir va bien au-delà de ce qu’elle pouvait imaginer…
Un très bon second tome, dans la droite lignée du premier, tout en offrant sa voix propre ainsi qu’une conclusion parfaite pour cette duologie. Je relirais certainement la série un de ces jours parce que je la trouve super bien ficelée niveau rebondissements et révélations, passionnante à cause de son ambiance sombre, mature par ses thématiques, avec une belle sororité au fond.
Ce tome est davantage politique que le précédent et surtout, je trouve qu’après avoir parcouru la Monarchie Absolue, Maïwenn Alix avait ingénieusement mélangé des éléments qui m’ont fait penser à la Révolution de 1789, la Terreur, les divers courants politiques du 19e ; c’était habile en somme et bien pensé. J’ai adoré suivre les méandres de ces institutions pour se hisser au pouvoir, conserver leurs acquis, renverser les uns ou les autres, c’était tendu.
Les trahisons, les complots, les mensonges, les non-dits, tout se mélange pour offrir des alliances et des mésalliances à tour de bras, des violences sordides, des pertes humaines terribles, si le cheminement est intéressant et percutant, j’aurais parfois aimé un peu plus de repos. À l’instar du premier opus, ce roman Young Adult n’est pas à mettre entre toutes les mains.
J’ai adoré retrouver Gabrielle entourée d’Agnès et de Solange, de Félix, cela donne un charmant quatuor de personnages soignés, de belles complicités et des amitiés sans failles. La romance est très bien menée, j’ai apprécié la relation qui se construit, se développe à travers les problématiques bien précises : comment aimer, être aimé après avoir vécu autant de traumatismes. Si certains n’aimeront pas Gabrielle, je trouve personnellement qu’elle a évolué, qu’elle a été très marquée et que ce chemin en dents de scie était touchant à suivre.
Qu’ils soient principaux, secondaires ou tertiaires, les protagonistes et antagonistes proposent du grand spectacle et je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. La preuve, j’ai lu le roman en peu de temps, moins de 48 heures. La plume est addictive et soignée, les répliques font mouche ce qui est d’autant plus appréciable dans ces querelles de pouvoirs, de façades à maintenir et de jeux de dupes.
J’aurais aimé en apprendre plus sur l’Union Orientale ou le Brésil, mais une fois de plus, l’autrice a choisi de mettre à l’honneur son histoire. C’est donc rythmé, audacieux, percutant et personne n’en ressort indemne. Je suis donc très contente d’avoir lu ce roman et je continuerai de suivre le travail de Maïwenn Alix.
La Quête d’Emily de Lucy Maud MONTGOMERY
Tome 3 de la série Emily
Éditions Monsieur Toussaint Louverture – 2024 – 295 pages – 18 €50
Littérature | Classique | Amitié | Famille | Romance | Imagination | Écriture et Art
Après dix merveilleuses années d’une existence libre et presque magique aux côtés de son père, Emily Byrd Starr se retrouve soudain arrachée à son foyer et confiée à de lointains parents pétris de règles et de traditions dans la digne et rurale demeure de New Moon. Néanmoins, la fillette à l’âme indomptable est capable de faire face à tout, car elle possède un secret : elle écrit. Décidée à devenir poétesse, elle transforme le plomb du quotidien en or vaporeux. Armée de sa poésie et de son piquant sens de l’observation, elle explore le monde qui l’entoure, résout ses conflits et rend coup pour coup. Si les mots sont ses alliés, elle peut aussi compter, dans sa quête, sur des compagnons inoubliables : son attachant cousin Jimmy ; Ilse, son amie audacieuse au tempérament volcanique ; Teddy, le jeune artiste qui doit cacher à une mère un peu trop protectrice ses aspirations, ou encore Perry, le garçon de ferme qui ferait tout pour Emily.
Je vais être honnête, mais j’ai trouvé que c’était le moins bon des trois en dépit des bonnes trouvailles et des bons atouts de la saga. Je ressors de cette lecture mitigée et je suis un peu triste pour cette trilogie qui aurait pu être tellement mieux, je n’ai pas adhéré à certains choix de l’autrice. Peut-être qu’un jour je relirais ces livres pour m’en faire une autre opinion, mais le premier restera mon préféré et le meilleur.
Commençons par ce qui est positif, la plume de Lucy Maud Montgomery qui donne du charme et de la vie à chaque détail du paysage, qui sait manier l’humour, la tendresse et l’ironie. Un style soigné et délicat, accessible et prenant, j’aime énormément le mélange entre les chapitres à la première personne du singulier permettant de se plonger dans les pensées d’Emily à travers des lettres et ses journaux, ET des chapitres à la troisième personne du singulier qui font avancer le récit.
Ce qui m’a touché, c’est de voir l’évolution dans la relation reliant l’imagination à Emily. Les lettres de refus, les premiers manuscrits, les retours et les critiques, la quête de l’inspiration, la perte de confiance et la page blanche, la ténacité, les petites et grandes victoires, les regrets et les doutes… L’autrice a parfaitement retranscrit ce qui jalonne la vie d’un auteur et c’est étourdissant d’en apprécier les différences et les ressemblances avec le métier aujourd’hui.
Malheureusement, ces pages, ces thématiques si précieuses et qui faisaient le sel de cette série, ces réflexions très intéressantes sur l’écriture, tout ceci n’est pas assez présent à mes yeux. C’est même noyé dans les circonvolutions d’intrigues amoureuses d’un intérêt moyen. Toutes les problématiques de romances auraient pu se résoudre plus facilement si les personnages se parlaient entre eux. Les non-dits ont causé trop de mal et m’ont parfois atterré.
Je n’ai pas compris comment Teddy et Emily pouvaient à ce point s’ignorer après tant d’années à être si proche, je n’ai pas saisi l’intérêt de mettre en couple certains personnages – même durant quelques chapitres – et même de parler ou d’organiser des mariages qui à l’évidence n’ont aucun sens. J’ai été amèrement déçue par l’attitude détestable d’Ilse, je suis restée sans voix devant le comportement de Teddy, l’absence de Perry s’est fait sentir et pire que tout, Dean Priest (Tordo) qui se révèle abject de bout en bout.
Les relations amoureuses réelles ou supposées donnent des péripéties bancales proche d’un très mauvais téléfilm – et pourtant, j’adore les téléfilms de noël, même les plus kitsch ! Heureusement, Emily reste un personnage fascinant à découvrir et à voir évoluer, à lire, avec une personnalité plus piquante et des répliques très amusantes. J’aime énormément cette jeune femme et j’aurais tellement apprécié que l’intrigue soit au même niveau.








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