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09/05/2016

Contemporain ~ Love Letters to the Dead (DELLAIRA) / Plus loin, plus près (HARRINGTON)

Titre : Love Letters to the Dead
Titre en VO : Love Letters to the Dead
Auteur : Ava DELLAIRA
Michel Lafon – 2014
319 pages – 16€95


Résumé :
Au commencement, c'était un simple devoir. Ecrire une lettre à un mort. Laurel a choisi Kurt Cobain, parce que sa grande soeur May l'adorait. Et qu'il est mort jeune, comme May. Très vite, le carnet de Laurel se remplit de lettres où elle dresse son propre portrait de lycéenne, celui de ses nouveaux amis, de son premier amour... Mais pour faire son deuil, Laurel devra se confronter au secret qui la tourmente, et faire face à ce qui s'est réellement passé, la nuit où May est décédée.



Mon avis :
Les nombreux avis concernant ce livre m'ont convaincue de le prendre, en plus de sa très jolie couverture et du concept d'écrire des lettres. Malgré un début plutôt négatif me concernant, j'ai finalement su apprécier cette lecture, même si cela ne sera pas un coup de cœur. L'histoire s'avère très jolie, sympathique et forte en émotions, une bonne philosophie de vie et un final très touchant.

Ainsi, le début a mal fonctionné avec moi. Pas à cause des lettres, du format ou du style d'écriture, mais à cause de Laurel. Je comprenais sa détresse, son sentiment de vide et de culpabilité que l'on ne comprend qu'à la toute fin, j'ai été touchée par sa personnalité perdue devant la perte de May. J'ai compris que Laurel cherchait à tout faire comme May, à devenir sa sœur, à se vêtir comme elle, c'est une manière de faire le deuil. Toutefois, son comportement m'a plus d'une fois agacée, je ne suis pas friande des ados qui font le mur, qui boive et fume, fête à gogo... Au bout d'une centaine de pages, j'ai failli abandonner ici. Fort heureusement, l'histoire entre Laurel et Sky m'a tenue en haleine.

L'intrigue nous présente une jeune fille dévastée par la mort de son aînée et à travers des lettres écrites à des personnalités mortes, elle va se retrouver, faire la paix avec elle-même et avec sa sœur. J'ai beaucoup apprécié le concept, sa manière d'écrire, le choix des personnalités n'est pas anodin. Laurel écrit à des personnes qui sont mortes tragiquement, qui ont des histoires peu faciles et qui ont dû faire face à des événements tragiques. J'ai adoré aussi mieux connaître ces personnages, ils sont connus, mais je me suis aperçue que je les connaissais pas plus que ça, ce roman a une portée musicale et culturelle étonnante et bien amenée.

Ce roman parle de beaucoup de choses, de l'amour que l'on porte à sa famille. Laurel évoque des souvenirs heureux quand sa famille était unie. Si j'ai détesté sa mère, j'ai apprécié son père qui est très touchant. La tante m'a un brin dérangée par moment, mais j'adore sa personnalité protectrice. On évoque l'amour et son lot d'amitiés, Laurel devient amie avec des protagonistes très intéressants et hauts en couleur comme Tristan, Sky, Hannah ou Natalie. Je les ai bien aimés, mais sans plus, excepté Hannah et Sky, ils ne m'ont pas intéressée plus que ça, c'est dommage, j'aurais vraiment aimé en apprendre plus. On y parle aussi d'amour, en bien comme en mal, des abus, des désillusions, des travers ; on évoque la passion pour la musique et l'écriture. Ava Dellaira multiplie les références, les points de vue, les idées, et tout ceci se complète facilement pour aboutir un roman prenant. Les romances sont bien montrées, j'ai su apprendre à aimer les différents couples formés dans le récit, ils sont justes et touchants.

Je suis un peu déçue par May. Voire franchement déçue. Je pensais que c'était quelqu'un de bien, à la place, j'ai juste vu une ado rebelle clichée, une dingue qui aime s'allonger sur la route en attendant qu'une voiture l'écrase... Je ne vois pas en quoi elle est si lumineuse et brillante, si attachante et formidable. Elle ment, elle laisse sa sœur se faire tripoter, elle l'entraîne dans ses délires. Laurel en voulant lui ressembler se perd totalement, elle perd de sa personnalité qui est pourtant touchante et belle. Je suis contente qu'elle ait subi une bonne évolution, qu'elle a fini par comprendre qui elle était vraiment et à mieux s'en sortir.

Le style d'écriture est très fouillé, précis, fort dans ses émotions, l'utilisation du « je » permets de se mettre à la place de Laurel et de comprendre ses sentiments. Les lettres sont très bien écrites, j'aurais aimé que certaines soient moins longues ou que l'on s'attarde plus sur la vie de Laurel en tant qu'élève. La question des études, du rapport avec les profs ou avec les matières n'est que peu approfondie, la faut à Laurel qui préfère sécher les cours je suppose. C'est dommage, parce qu'il aurait été sympathique d'avoir la vie de cette adolescente dans son intégralité, j'aurais aussi aimé qu'elle soit plus confrontée à son passé. On évoque peu les anciens amis du collège excepté Janet, ça aurait pu aider Laurel a accepté.

En conclusion, ce livre est totalement éloigné de ce que je lis habituellement, il est sombre, mais il s'avère truffé de beaux messages, d'une philosophie juste et d'émotions riches. Pour comprendre toute cette affaire, il faut aller jusqu'au bout et c'est peut-être ce qui m'aura dérangée maintenant que j'y réfléchis plus longuement. On a l'impression d'avoir des révélations, mais ce n'est rien de concret, Laurel se mure dans son silence et c'est dommage qu'elle n'ose en parler qu'à la fin. Le déclic m'a paru abrupt. Les personnages sont sympathiques, mais seuls quelques-uns m'ont touchés, les lettres aux morts sont une excellente idée d'écriture et une mine de sujet à abordés. Si au départ, Laurel a été épouvantable à supporter, j'ai fini par l'apprécier et par adorer son style d'écriture, recherché et poétique. Un livre à lire pour son originalité et pour son récit touchant.



Titre : Plus loin, plus près
Titre en VO : Saving June
Auteur : Hannah HARRINGTON
Mosaïc (Harlequin) — 2015 — 283 pages — 12€90

Résumé :
Aujourd’hui, ma grande sœur a décidé de mourir. C’est moi qui l’ai trouvée et depuis je ne tourne pas rond. June avait une vie parfaite, bien plus belle que la mienne, alors pourquoi ? Je croyais la connaître par cœur et je me suis trompée… Pourtant, il y a une chose dont je suis tout à fait sûre : June n’a pas pu m’abandonner. Elle m’a forcément laissé un signe, quelque chose, elle me tend la main quelque part. Peut-être en Californie où elle rêvait d’aller vivre. Ma meilleure amie est de mon avis et Jake, ce confident secret de June, est d’accord aussi. Alors, même si pour trouver ce que je cherche on doit traverser tout le pays et aller jusqu’en Californie, on va le faire. Ensemble.


Mon avis :
Lors d'une Masse Critique Babelio, j'avais repéré ce titre. Il m'intriguait sur plusieurs points, le titre, le résumé, la couverture, les idées développées, ça m'attira suffisamment pour l'acheter quelques mois après sa sortie. Je ressors de cette lecture complètement mitigée et fort heureusement que les points forts sont vraiment bons, sinon, il aurait été une réelle déception.

Premier « aïe », le road trip. June était fan de la Californie, elle aurait été y vivre, visiter cet état, cependant June s'est suicidée. En mémoire de sa sœur, Harper souhaite se rendre sur les lieux pour déverser dans l'eau les cendres. Je m'attendais à un road trip en Californie. Qu'on nous explique pourquoi June tenait tant à y vivre, ce qui l'attirait là-bas, je ne désirais pas une visite guidée non plus, malheureusement, la partie Californie si importante et vitale fait à peine quinze pages. C'est complètement décevant, que le voyage pour s'y rendre soit conté ne me pose aucun problème, toutefois j'aurais préféré une balance plus équitable.

Excepté cet énorme couac, le voyage, les descriptions des lieux, la route permet une belle immersion au pays de la psychologie. Il y a des remises en questions, de la maturité, du changement, des réponses et des questions, des découvertes, des rencontres... La philosophie est douce et bien menée, les dialogues autour de sujets importants et graves sont intéressants à lire. J'ai apprécié également le fait que ce voyage soit aussi une éducation musicale, on prend plaisir à entendre parler de musique, de ces grands groupes et de ces chansons cultes. Ce fut un point positif pour ma part. Le style de l'auteure est fluide, travaillé, construit et agréable, c'est facile à lire, accessible et elle nous donne un riche panel d'émotions. L'angoisse, la peur, la tristesse, le rire, l'émoi, l'aventure, l'excitation, tout est juste et bien écrit, j'ai apprécié la plume d'Hannah Harrington.

Parce qu'après, il survient le second « aïe ». Les personnages. Ils sont bons, mais ce sont de vraies dents de scie pour s'y attacher ; la tâche se révèle ardue et en ce qui me concerne, ce fut raté. Je les ai tantôt trouvé clichés, tantôt ils deviennent matures et surprenants. Je déteste l'idée comme quoi parce qu'on est jeune il faut obligatoirement être irrespectueux, se droguer, fumer tout et n'importe quoi. Que Harper soit contre la religion de sa tante, je peux comprendre, mais lui manquer autant de respect, c'est un peu fort. Pareil envers sa mère, fuguer comme ça, donner des nouvelles de manière aussi fréquente que le passage du Père Noël, c'est juste impensable. Harper est juste une petite égoïste, immature, geignarde et qui — incroyable ! — arrive à être touchante quand elle parle de sa sœur, de ce qu'elle ressent devant le vide laissé.

Laney est pareil, c'est une jeune fille très intéressante, mais son côté volage sexuellement me laisse pantoise ; Jake n'est pas en reste même s'il demeure mon personnage favori dans ce roman. Jake est véritablement intelligent, drôle, fascinant à comprendre, il cache de petits secrets, j'ai adoré le découvrir au fil des pages. Harper finit par évoluer, je vous rassure, mais le chemin fut long et fastidieux et sa personnalité n'est pas due à la mort de sa sœur, elle était odieuse depuis longtemps. Les autres personnages sont à l'image des trois principaux protagonistes, c'est en dent de scie ! J'aurais aimé qu'on s'intéresse de plus près à certains d'entre eux, singuliers et qui ont apporté quelque chose au récit.

Ce qui restera le plus extraordinaire dans le roman, c'est l'évolution de la relation entre les deux sœurs. D'où le titre, elles sont à la proche et éloignées avec ce voyage. Personnellement, j'aime beaucoup June, elle reste mon personnage favori de ce roman avec Jake. Je pense comprendre ce qui l'a poussé à se tuer, trop parfaite pour les autres, ça donne une sacrée pression. Et parfaite petite fille qu'elle est, quand ses parents lui refusent d'étudier en Californie, elle se doit de respecter leur avis. Et elle doit toujours être droite et forte, la meilleure élève, la plus belle fille, lisse et gentille. Elle m'a donné cette impression dans les souvenirs que Harper nous conte, le message de fin tend à prouver cette théorie. Quoi qu'il en soit, la comparaison que Harper fait d'elle face à sa sœur l'empoisonne à son tour. Ce fut une belle évolution de relation, apprendre à être soi-même, à lâcher prise, à accepter le bien comme le moins bon. J'ai adoré ce message.

Au final, ce road trip est intéressant pour sa portée philosophique et psychologique. Pour l'évolution des personnages et de leurs relations, il mérite clairement d'être lu, c'est un beau voyage aux USA et dans le monde de la musique. En revanche, que June aime la Californie ou l'Arizona, je n'ai pas constaté de réelle différence, c'est certes un road trip, mais pas le voyage tant attendu pour comprendre June. Si l'on comprend ce personnage, c'est par supposition de ma part, en lisant entre les lignes, j'aurais aimé un véritable voyage pour comprendre June et ce qui l'a poussée à se suicider. J'aurais surtout aimé que les personnages soient plus attachants et moins clichés, parce que jeune = immaturité, sexe, drogue et cie, c'est trop facile. En conclusion, je suis déçue et mitigée par ce roman qui pourtant me faisait de l'oeil et qui avait tout pour me faire plaisir. En revanche, il est très bien écrit et mérite au moins d'être lu, il se révèle tout de même singulier.

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