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18/01/2016

Science-Fiction : 2097, mémoires de mon père (BEZANCON) + Aria des brumes (GIDON)








Titre : 2097, mémoires de mon père
Auteur : Jérôme BEZANÇON
Atria — 2014
228 pages
18€




Résumé :
Le monde tel que nous le connaissons aujourd'hui n'existe plus : montée des eaux, épuisement des ressources, pollution généralisée, affaiblissement du Gulf Stream, surpopulation, effondrement des grandes Démocraties occidentales ont permis la toute puissance de groupes économiques internationaux. Davos, 2097 – Dans une chambre d'hôtel visiblement luxueuse, un père écrit à son fils, ce seront ses dernières paroles : une confession intime, violente, dans un vieux cahier jauni. Il ne lui reste alors que 12 heures à vivre ! Le puzzle prend forme sous nos yeux quand cet homme de 47 ans se souvient... Chaque heure qui passe est un chapitre où les souvenirs s'emboitent les uns aux autres pour former l'histoire d'une société devenue inhumaine, d'un héros tour à tour victime et bourreau, qui doit sa survie et sa perte... à un cœur hors du commun ! Ce même cœur réveillera en lui une véritable émotion intransigeante et une prise de conscience l'amenant inévitablement à une révolte qui changera le cours de l'histoire...

Mon avis :
Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Atria ainsi que Livraddict pour ce partenariat. C'est une lecture très choc, elle a eu l'effet escompté – faire réfléchir. Ce n'est peut-être pas un coup de cœur, mais sincèrement, il faut le lire, il est unique et complètement fort.

Ce roman n'est pas fait pour les âmes sensibles ni pour les aficionados d'envolées lyriques. La plume reste belle, mais elle est crue, elle est poignante. Les mots employés sont à l'image du personnage principal, violent et fort. J'avoue avoir eu du mal au début, mais ce petit défaut est la force du roman, sans ce style singulier, les messages n'auraient pas eu cette portée. Pierre, le protagoniste principal, nous conte ses mémoires, sa violence, il n'a pas été un saint et ce qu'il a fait –  quoiqu'il regrette aujourd'hui – demeure violent et fort. Je conseillerais plutôt cette lecture à partir de 16-17 ans, pour les messages très importants livrés et qui demande, je crois, une certaine maturité à la base.

Au fil de la lecture, Pierre nous dévoile son enfance, comment il est devenu un cobaye. Il confesse toutes ses erreurs, il parle du monde qui l'entoure, il suit le mouvement jusqu'au jour où il se réveille. La thématique des mémoires est très respectée, chaque chapitre est égal à une heure qui passe, le rapprochant de la mort. Il raconte sa vie, il interpelle son fils, mais à travers Pierre écrivant à Gabriel, l'auteur nous interpelle, nous conduit à penser par nous-mêmes, à réfléchir. La philosophie prend une place tout aussi importante que la science-fiction. Le beau, l'Histoire, l'art, la vie, la mort côtoient ici les manipulations, la fin de la démocratie, la violence, le manque de ressources. C'est fluide et l'on se laisse facilement emporter dans cet univers très sombre.

On peut dire que c'est le pire du pire, ce n'est évidemment pas ce que l'on souhaite comme avenir, et pourtant, quand on lit les répliques de Paolo sur l'histoire du XX°, on se dit que tout coule de source, malheureusement. En tout cas, cet univers entre tout droit dans l'anticipation et la dystopie. Et même si je suis contente que Pierre se réveille, je suis un peu triste de ne pas avoir réellement eu la chance de mieux cerner Paolo, Luc, leurs idées ou même la résistance avec Ethel. C'est dommage, sans être toutefois un point négatif. Pierre va au plus vite selon le temps qui lui reste. C'est d'ailleurs terrible de voir que d'abject il devient un véritable symbole d'espoir et de changement. Tout le long du récit, il évolue et change, ça fait plaisir à voir, c'est un personnage principal qui devient de plus en plus attachant.

L'intrigue est bien menée. Il y a de nombreux ingrédients qui font que l'on oublie presque le côté « mémoires ». On est plongé dans des ambiances très différentes même si elles restent sombres, on suit Pierre de son enfance à ses 47 ans et pourtant, il y a de l'action, de la réflexion, une petite touche d'humour, des secrets. On finit très vite par entrer dans le récit, à se demande ce qu'à bien pu faire Pierre pour qu'il en vienne à passer à l'acte – du moins dans 12 heures. On reste donc rivé sur les mots pour appréhender ce qui va se passer par la suite, on ne sait jamais ce qui va se passer et même quand on sait qu'il va mourir, on ne sait pas comment ni pourquoi. Tout vient s'éclaircir au cours de la lecture sans pour autant nous ennuyer, on est tenu en haleine.

Les personnages sont bien sympathiques, comme Didier ou Luc ; je les aime bien ces deux-là, ils sont attachants, voire touchants. J'aurais aimé voir plus souvent Ethel, elle a bouleversé Pierre, elle lui a permis de changer et on la voit si peu, elle aurait mérité une plus grande place, quelques répliques supplémentaires. De même que Paolo, j'aurais aimé mieux le cerner et pas uniquement me fier à l'avis de Pierre. On ressent dans son discours tout le bien qu'il veut apporter, même si de petites choses gênantes viennent s'y glisser. J'ai déjà évoqué Pierre et je sens que j'en ai trop dit. Pour le comprendre entièrement, en parler ne suffit pas, il faut lire le livre en entier et ça, je ne peux pas le faire ici. Je vous laisse la surprise.

En conclusion, un grand merci aux éditions Atria et à Livraddict pour ce beau récit. Ces mémoires sont fortes et violentes, dans un univers très sombre et pourtant, l'auteur n'oublie pas une petite note d'espoir, de changement. Les personnages sont très sympathiques, la plume est fluide, crue, certes, mais elle a le mérite de nous heurter, de nous interpeller. Ce roman a pour but de bien recaser les choses, de nous faire ouvrir les yeux, d'où la nécessité d'être parfois plus violent dans les événements et les mots. C'est une belle découverte que je recommande volontiers.






Titre : Aria des brumes
Auteur : Don Lorenjy (Laurent GIDON)
Le navire en pleine ville — 2008
286 pages
17€


Résumé :
Lorsque Carl, machine de combat létale et suréquipée, débarque sur Aria pour une mission de sauvetage de cette planète-colonie il n’est psychologiquement encore qu’un enfant. Une pièce de choix pour les Furets qui viennent assaillir son cerveau, alors même qu’il lui faut découvrir ce qu’il fait là, qui il est, et surtout qui il veut devenir. Ses compagnons ont succombé, mais saura-t-il, lui, se rendre maître de son destin et faire le choix d’être un homme ?


Mon avis :
J’attaque avec ce livre, ma première lecture en science-fiction et j’ai personnellement fait un bon choix avec cette lecture. Ce qui m’a attirée dans ce livre est en premier lieu la couverture, on semble y voir comme une sorte de plan avec des figures géométriques et des chiffres, peut-être même des lettres à certains endroits. On a également des arbres et une figure humaine à peine esquissée, avec de très gros yeux et un point rouge et noir à l’emplacement du cœur. Je la trouve très intrigante et après la lecture, elle correspond au roman, à Carl tout simplement.

Nous sommes loin de la science-fiction à la Star Wars, il s’agit d’un récit plus psychologique. Nous suivons Carl, qui de machine devient et apprend à être un humain, et cette idée nous fait plus ou moins penser à Pinocchio. On est cependant loin de la fable et du conte, nous sommes dans un environnement propice à la défiance et à la tension. Carl est et reste une machine, il fait peur à tous les habitants d’Aria en raison de ses incroyables talents en stratégie et en matière d’armement.

L’évolution de Carl se fait au fur et à mesure qu’il découvre la planète-colonie d’Aria. Il va rencontrer toute une pléiade de personnages, il va découvrir les émotions et les Furets. Il va devoir apprendre à se servir de son Furet pour gérer ses émotions. Le résumé nous promet toute une narration autour de l’homme, du destin et des choix et je trouve que c’est très réussi. On se plonge dans les récits dès les premières lignes, on se laisse embarquer sur Aria et pas ses divers protagonistes. On est dans la tête de Carl, on suit ses pensées et ses réactions, on suit son évolution. C’est un voyage psychologique très intéressant.

Aria est une planète bien décrite, j’aime ces idées de District, le fonctionnement différent de notre civilisation. Les clones, les manipulations, on a un vrai univers de science-fiction qu’il peut parfois être difficile de suivre, si comme moi, la science effraie (j’ai jamais apprécié ces matières…). Néanmoins, le fait que Carl découvre lui aussi ce monde, ceci nous permet de le découvrir nous aussi, un peu comme Avatar (le film de J. Cameron).

Après Carl, j’ai bien aimé Shepher, le scientifique. Comment dire, il est ambigu et complexe, les Furets ne veulent pas de lui, il est l’un des rares humains d’Aria à ne pas en posséder. Il est tour à tour sympa et un brin machiavélique, colérique, loufoque… C’est difficile à déterminer, car ses intentions ne sont pas forcément claires et la fin du roman ne le fait pas remonter dans mon estime. C’est toutefois un protagoniste intéressant.

Certains sont moins vus comme Thian, Oliphane ou Flume, Estavin… Tous ont leur personnalité, leur passé et pour moi, même si on les voit moins, ils ont leur importance dans ce récit, ils apportent chacun quelque chose. On rit énormément avec Ston’Faro ou encore avec Colorian Stabor, j’ai adoré deux femmes du roman, la première est Zoran, alors que je ne m’y attendais pas et je m’en méfiais même, elle se révèle incroyable, une belle surprise. La deuxième est peut-être ma préférée, il s’agit de Loubian, elle est télépathe, elle est super sympa, un peu mère poule, mais c’est une jeune femme épatante.

Ensuite, le récit est très bien écrit. Les mots ont leur bonne place, le vocabulaire est riche, on plonge vraiment dans l’univers du livre et l’on ressent bien à quel point la langue française est maitrisée. Les répliques sonnent justes et sont toujours intéressantes quant aux descriptions, elles sont bien écrites. Certains lecteurs, vont je le sais, peu apprécier le fait que l’auteur prenne véritablement son temps, il y a des longueurs, j’avoue. L’action est sur tout le récit disséminée avec parcimonie pour vraiment se déclencher sur les derniers chapitres. L’histoire est centrée sur l’évolution du personnage centrale, Carl. Ca ne m’a pas posé plus de problèmes, une fois que l’on rentre dans l’histoire, on se laisse porter.

En conclusion, ma première lecture de science-fiction s’est révélée agréable et sympathique. Ce n’est pas un coup de cœur, mais j’ai passé un très bon moment sur Aria en compagnie de tous ces protagonistes intéressants. Le style est très bon, le récit psychologique prenant, je suis très contente de cette lecture.

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