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03/12/2016

Le mystère Lucy Lost (MORPURGO), Max (COHEN-SCALI), Une fille au manteau bleu (HESSE)


Titre : Le mystère Lucy Lost
Auteur : Michael MORPURGO
Gallimard Jeunesse – 2015
448 pages



Résumé :
Mai 1915... Sur une île de l'archipel des Scilly, un pêcheur et son fils découvrent une jeune fille blessée et hagarde, à moitié morte de faim et de soif. Elle ne parvient à prononcer qu'un seul mot : Lucy. D'où vient-elle ? Est-elle une sirène ou plutôt, comme le laisse entendre la rumeur, une espionne au service des allemands ? De l'autre côté de l'Atlantique, le Lusitania, l'un des plus rapides et splendides paquebots de son temps, quitte le port de New-York. A son bord, la jeune Merry, accompagnée de sa mère, s'apprête à rejoindre son père blessé sur le front et hospitalisé en Angleterre... L'histoire tragique du Lusitania, le "Titanic anglais", torpillé par les allemands en mai 1915.

Mon avis :
Je remercie les éditions Gallimard Jeunesse pour ce partenariat, le roman fut pour ma part laborieux à lire, j'avoue avoir même passé un mauvais moment. C'est dommage parce que le roman parle d'histoire, il évoque un fait peu connu et son intrigue est plutôt intéressante et bien menée, malheureusement, il ne m'a pas convaincue et je suis restée à côté.

En temps normal, les introspections longues, les descriptions longues ne me posent aucun problème, seulement ici, c'est trop. Il n'y a pas assez de dialogues, pas assez d'informations sur le Lusitania au final, on sait juste que le bateau sombre torpillé par les Allemands. J'aurais aimé en apprendre plus sur la vie à bord, sur comment était le navire, j'aurais aimé que la scène tant fatidique prenne plus d'ampleur que juste deux-trois pages. Il y a des passages lents, sans réel intérêt, et d'autres biens trop courts, ce déséquilibre m'a laissée de côté.

L'intrigue aurait pu tenir sur moins de pages, largement, c'était trop long et ennuyeux. Il ne se passe pas grand-chose et les seuls chapitres où je me suis réveillée ce sont évoquant les souvenirs de Lucy. Le récit est bien amené en revanche, il y a des extraits du journal de l'instituteur et du docteur, les premières pages et les dernières sont consacrées aux héritiers des personnages principaux retraçant les mémoires de leurs ancêtres. D'ordinaire, le simple fait de conter sa mémoire me rend enthousiaste et j'aurais vraiment aimé ce récit s'il avait été écrit différemment. L'action est quasi inexistante, j'avais l'impression de faire du surplace.

La plume de l'auteur est très belle, soignée, précise, trop d'ailleurs. Je n'ai pas été touchée par les émotions des personnages, ni par le tragique destin du Lusitania, ni par les brimades que reçoivent Alfie et Lucy à l'école, ni même par le fait que cette petite fille soit prise par une Allemande occasionnant l'exclusion de la famille d'Alfie du reste de la communauté. L'écriture est trop froide, elle est superbe parce que les descriptions sont fouillées et minutieuses, le quotidien, le vocabulaire de l'époque tout est merveilleusement décrit, mais il lui manque un quelque chose pour m'emporter.

Les personnages sont très intéressants, je me suis facilement attachée à Alfie, curieux, courageux et sympathique petit garçon, j'ai adoré sa force de caractère et son attachement pour Lucy, pour l'aider à retrouver la parole et la mémoire. Lucy est certainement mon personnage favori, elle est très touchante et ce qui lui arrive est captivant, elle est mystérieuse, perdue, elle essaie de se reconstruire, traumatisée par les récents événements. Les autres protagonistes sont tout aussi prenants, comme l'oncle Billy, les parents d'Alfie, le père de Lucy, ils ont un rôle à jouer, ils apportent quelque chose à Lucy en bien ou en mal, comme l'instituteur ou le docteur, deux personnalités très différentes.

En conclusion, ce roman avait tout pour me plaire. Il possède de bons atouts, une plume irréprochable, des protagonistes vivants et fascinants, le choix d'aborder un fait peu connu durant cette guerre de 14-18. Toutefois, l'absence de dialogues structurant le récit, le manque d'information sur le Lusitania, la lenteur de l'intrigue se transformant parfois en lourdeur ont eu raison de moi. C'est vraiment dommage, j'aurais aimé l'apprécier à sa juste valeur, mais il est trop long pour peu d'actions et de rebondissements au final.




Titre : Max
Auteur : Sarah COHEN-SCALI
Gallimard Jeunesse — 2012
475 pages


Résumé :
"19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l'enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d'autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Heil Hitler !"Max est le prototype parfait du programme "Lebensborn" initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Allemagne puis l'Europe occupée par le Reich.


Mon avis :
C'est un très bon roman, je suis contente de l'avoir découvert, parce qu'il mérite qu'on s'y arrête. Je suis d'accord sur le fait que nous avons un récit à la fois fascinant et dérangeant, une lecture inoubliable ainsi qu'une histoire documentée à la perfection. Néanmoins, pas mal de petites choses m'ont gênée, ce livre n'est pas un coup de cœur, mais il n'est pas passé loin.

L'Histoire est très bien contée, on se sent réellement plongé au cœur de l'Allemagne nazie. L'auteure a fourni un travail extraordinaire pour nous immerger totalement dans cet univers, mais elle nous évoque le programme Lebensborn. C'est un pan de l'Histoire peu connue ou peu évoquée, pour ma part, ce programme occupé peu de place dans mes cours. Loin d'être très pénible à lire, l'Histoire est remarquablement écrite, toutes les informations données sont véridiques, ce qui se révèle effrayant quand on analyse le roman une fois terminé. J'étais très contente d'enrichir ma culture grâce à ce livre poignant livrant un témoignage de grande ampleur sur un sujet parfois méconnu.

Tout le programme Lebensborn est expliqué durant la première partie du récit, ce qui nous permet de mieux en comprendre les conséquences, notamment grâce à ce protagoniste inventé, Max. C'est sincèrement fascinant et choquant de lire tout ce que ce Lebensborn implique, demande ; de voir à quel point il peut nous bouleverser. Ce n'est d'ailleurs pas le seul programme mis au point par les nazis dont l'auteure nous fait part, on parle des enfants enlevés pour être germanisés, on évoque les camps de concentration et d'extermination...

Ce qui est certain, c'est que l'on ne ressort pas neutre de cette lecture, elle nous marque irrémédiablement. Les messages sont forts, Max est pour les idéaux nazis et même s'il évolue, l'endoctrinement reste présent. Cependant, j'applaudis le courage de l'auteure et son originalité, il n'a pas dû être facile d'écrire l'histoire de ce point de vue. Il va choquer, on y parle de la mort, on parle d'extermination, d'exclusion, de prostitution et de viol, mais il a le courage d'être fort et poignant, inoubliable en quelque sorte. Le dérangeant côtoie le révoltant et pourtant, on a dû mal à décrocher tant les messages sont forts et intéressants.

Si je disais en introduction qu'il n'est pas passé loin du coup de cœur, c'est en partie à cause du style. Parler crûment ne me pose aucun soucis, justement, c'est la vérité, la guerre – et surtout cette Seconde Guerre Mondiale – engage tout un engrenage vicieux et terrible contre lequel l'oubli est plus facile. Donc, j'aime qu'on remette les choses à leur bonne place et ce langage ne m'a pas dérangée, il est de mise et c'est ce qui fait l'unicité de cet ouvrage. En revanche, j'admets que la répétition, voire l'obsession autour de pipi-caca, a rendu certains passages très lourds. J'ai donc sauté à de nombreuses reprises certains paragraphes, voire des pages entières.

C'est un petit peu dommage, car le style de l'auteure est pourtant magnifique ; les descriptions sont bien menées, les lieux et les personnages bien décrits, il y a de l'humour quelques fois, des rires, de l'espoir. Les pensées de Max sont prenantes, on reste accroché des heures à le lire, espérant un changement, et quel bouleversement grâce au personnage de Lukas. Les pensées de Max sont connues en raison de l'emploi du « je », c'est lui le narrateur et il nous conte son histoire, depuis son arrivée au monde jusqu'à... la fin du roman. Nous le voyons grandir, changer, il est attachant malgré son adhésion aux idées nazies, il sait retranscrire ce qu'il voit et il nous livre même la signification de mots codés. C'est une fois de plus un parti pris très courageux de la part de l'auteur, de prendre Max comme narrateur, de le voir parler de manière très « mature », il nous explique tout tel un narrateur omniscient.

Du côté des personnages, ils sont forts. Lukas fait partie de ceux que je serais incapable d'oublier. Il est d'une telle force, je refuse d'en dire plus, son histoire et sa personnalité si je les évoquées, je gâcherais le plaisir de la lecture. Toutefois, son amitié avec Max m'a énormément touchée. La mère de Max est courageuse, j'ai été surprise de la tournure de l'histoire est des rebondissements qu'elle a pris. Les « sœurs brunes » sont terribles, le docteur Ebner – qui a vraiment existé – est épouvantable, son comportement nous effraie. Je ne peux pas juger ces protagonistes allemands, on est forcé de les haïr pour tout ce qu'ils ont fait.

En conclusion, c'est un roman qu'il faut lire au moins une fois, même si vous ne l'appréciez pas en cours de lecture ou si vous abandonnez au bout de quelques pages. Il a le mérite de nous en apprendre plus sur un pan de l'Histoire, de nous conter une histoire passionnante, d'opter pour une narration originale et de présenter des personnages forts. Le style de l'auteure quoi que cru a le mérite de nous faire passer des émotions et de nous immerger dans le récit. Cette lecture frôle le coup de cœur en raison de quelques défauts, mais elle est passionnante, très bien documentée et inoubliable.







Titre : Une fille au manteau bleu
Titre VO : The Girl in the Blue Coat
Auteur : Monica HESSE
Gallimard Jeunesse (On lit plus fort) — 2016
352 pages
16€


Résumé :
Amsterdam, 1943. Hanneke sillonne à vélo les rues de la ville afin de se procurer au marché noir les marchandises qu'on lui commande. Ses parents ignorent tout de ses activités clandestines. Un jour, l'une de ses clientes lui fait une requête particulière. Il s'agit de retrouver une jeune fille qu'elle cachait chez elle et qui a disparu. Elle s'appelle Mirjam Roodvelt. Elle est juive...


Mon avis :
Je tenais tout d'abord à remercier les éditions Gallimard Jeunesse et On lit plus fort pour ce nouveau partenariat. J'ai passé un très beau moment de lecture avec, il m'intriguait à la base avec cette affaire de petite fille à retrouver avant les nazis. Un côté urgence, et même si je ne suis pas friande des histoires sur le 20ème, celle-ci est très prenante et originale.

Le roman s'avère poignant et très bien mené. Il est intelligent et percutant, dans le sens où Hanneke n'est pas une héroïne et ne souhaite pas le devenir. Monica Hesse parle de courage et de lâcheté avec justesse et force. Il y a ceux qui acceptent la présence des nazis, d'autres qui la combatte, ceux qui attendent et patientent, ceux qui trahissent, ceux qui ferment les yeux, ceux qui aident... Elle développe le quotidien brisée, la quiétude perdue, les remords et la mort, le récit est très touchant et il est difficile de lâcher sa lecture sans oublier ce qu'il s'y passe.

Monica Hesse a fait d'importante recherches pour recréer une atmosphère oppressante, un sentiment d'urgence et une ambiance sombre. Elle a une plume vive et elle a su redonner vie à la ville d'Amsterdam sous l'occupation. J'ai beaucoup ce voyage à travers les rues de la ville, on aborde beaucoup de vocabulaire propre à cette histoire, des notions historiques importantes, la résistance côtoie le nazisme. J'ai surtout adoré le "métier" choisit par l'auteure pour présenter son récit, Hanneke s'occupe de trouver des objets pour le marché noir. On sent alors la dure époque que ça devait être quand on voit tout ce qui circuler sur ce marché.

Le récit commence sur les activités clandestines de Hanneke qui se voit confier une mission périlleuse. Si elle se fait prendre, elle risque la mort. Mme Janssen gardait chez elle une petite fille juive qui s'est échappée mystérieusement. Commence alors une course contre la montre avant que Mirjam ne soit retrouvée par les nazis. L'intrigue est bien menée, bien rythmée, intéressante par tous ses rebondissements et par sa fin. Je suis restée admirative par le retournement final et par la vérité, les cinquante dernières pages sont extraordinaires.

Hanneke se sent coupable pour Bas, elle retrouve Ollie qui a rejoint la résistance, elle se mêle dans la foule auprès des juifs, elle change beaucoup pour ses parents... C'est une adolescente qui vit sa vie de jeune femme et qui cherche sa place dans cette guerre qu'elle n'a pas demandé. De ce fait, c'est un personnage principal très intéressant à suivre. Elle est blessée par la perte de Bas, celle d'Elsbeth, elle se cherche, elle tente de comprendre, de se pardonner, d'avancer. Elle est très "cabossée" et ses pensées sont souvent contradictoires, elle se sent seule et isolée. Je me suis attachée petit à petit à elle. J'ai beaucoup aimé Amalia, Ollie et son frère Bas, Willem, Judith, Mina, Mirjam, Mme Janssen, M. Kreuk ou encore Mme de Vries... ce sont tous de très bons personnages, avec une personnalité et une histoire ou ils apportent un plus dans le récit, une percée significative dans les recherches de Hanneke. J'ai adoré les découvrir au fil du récit, j'ai eu plus de mal avec les parents de Hanneke ou Willem.

En conclusion, c'est un roman super intéressant. Je n'ai pas vu le temps passer et il est merveilleux pour son ambiance soigné. Il est bien contextualisé, l'auteure a fait de nombreuses recherches pour s'aider, il est formidable au niveau des émotions et des messages. Les personnages sont extraordinaires, le style d'écriture est captivant, l'intrigue prenante. Tout est fait pour accrocher de A à Z, c'est presque un coup de coeur pour ce récit qui original et percutant.

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