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09/07/2016

10/18 : Black-out (LAWTON), Héritage (SHEVCHENKO) + Le royaume des Voleurs (RYAN)







Titre : Black-out
Titre VO : Black-out
Auteur : John LAWTON
10/18 — 2015
473 pages
8€40




Résumé :
Londres, 1944. Alors que la Luftwaffe fait son assaut final sur la capitale britannique déjà exsangue, les Londoniens se précipitent dans les rues, cherchant un abri souterrain au cœur de la ville obscure. Lorsque le calme revient, d'autres horreurs refont surface... Un bras coupé est découvert par un groupe d'enfants jouant sur un site bombardé de l'East End ; et lorsque le sergent détective Frederick Troy de Scotland Yard arrive sur les lieux, il devient évident que le corps démembré n'est pas l'œuvre d'une fusée. Troy parvient à relier le bras coupé à la disparition d'un scientifique réfugié de l'Allemagne nazie. Il déterre alors une chaîne de secrets menant tout droit au haut commandement des Alliés, et pénètre les mystères d'un monde corrompu, peuplé de réfugiés apatrides, d'agents secrets et de femmes mystérieuses.

Mon avis :
Je remercie les éditions 10-18 ainsi que Babelio pour l'opération Prix SNCF du Polar et m'avoir permis de découvrir ce roman. Même si le courant n'est pas passé, ce fut une lecture intéressante, différente des polars que je lis habituellement. Je suis plus sensible aux policiers historiques des époques du 17e et 18e, moins de la guerre 39-45.

Je n'ai adhéré à presque rien. Il y a des points positifs, mais ils furent trop peu nombreux pour moi, je me suis juré de tenir pour avoir un avis des plus juste possible. Malheureusement, plus la fin avance et moins je suis enthousiaste, j'ai donc eu une lecture fastidieuse et longue pour plusieurs raisons.

La première, c'est l'intrigue en elle-même. Excepté le rebondissement final et un retournement, une vérité que je n'aurais jamais soupçonnée, je me suis grandement ennuyée. L'histoire n'a rien de captivant, elle est plate et linéaire, simple et déroutante. Pas dans le bon sens, parce que cet inspecteur doit avoir une liaison cachée avec un extra-terrestre pour deviner à l'avance sans preuves ou théories mûrement pesée et réfléchie, ce qu'il doit faire, qui il doit interroger ou où se rendre. L'auteur sait des choses et son protagoniste les sait automatiquement, un processus qui m'a dérangée au plus haut point. Toutefois, j'applaudis quand même le final, prenant et formidable. Les révélations finales restent très surprenantes et l'auteur m'a totalement conquise à ce niveau.

L'immersion en 1944 est complètement réussie. Un gros travail de réalisé pour nous immerger dans le Londres de la Seconde Guerre mondiale, dans ses peurs, dans l'avènement du Jour J (le débarquement de Normandie). L'histoire est respectée, le contexte donne une atmosphère très particulière et des crimes très singuliers. Le meurtre d'un scientifique de l'Allemagne nazie va soulever des secrets et des mystères plus personnels et plus vastes, j'ai adoré cet effet entonnoir inattendu. L'atmosphère lourde et pesante de la guerre est présente, avec ces bombardements, les faux espoirs, la présence des Alliés qui ne s’avère pas plus rassurante pour leur implication dans cette terrible histoire.

Il y a des points positifs qui sont toujours très travaillés, vous l'avez compris. Ce que j'ai bien aimé, c'est la plume. Elle est travaillée, forte et fluide ; pourtant, j'ai noté des longueurs, des informations qui avaient l'air importantes, mais qui pour moi, se révélaient inutiles. Le manque de rythme et de travail sur l'enquête policière a fait que j'ai été moins sensible aux détails. Ce sont pourtant ces derniers qui font d'un policier un récit exceptionnel ! La plume est sympathique et les chapitres sont d'une bonne durée, soignée pour donner envie d'avancer. En revanche, les scènes de sexes n'étaient pas toutes utiles à l'enquête et donnaient l'impression de vouloir réveiller le lecteur, ce fut dérangeant à certains passages.

Quant aux protagonistes, je ne me suis pas attachée à eux. Ils sont obscurs et ne m'ont pas donné envie de leur faire confiance. Troy, notre enquêteur est peu crédible, à cause de son super pouvoir de médium. Il est un brin antipathique et son côté froid finit par être très désagréable. J'ai plus aimé son collègue Wildeve, loyal, franc et bienveillant, sympathique et plus humble aussi. Brack m'a totalement déplût, pareil pour Tosca, je n'ai pas aimé ces femmes, à la limite, Ruby m'a plus intriguée et amusée que les deux autres. Ce qui est dommage, c'est que les trois seules femmes intéressantes et développées dans ce roman soient les trois femmes clichées qui ne peuvent pas s'empêcher de s'envoyer en l'air avec le héros. Ça les rend insipides et faibles d'esprit, même si Tosca se révèle inattendue à la fin. Celui qui m'a le plus intriguée, c'est Wayne et je n'en dirais pas plus pour gâcher la lecture.

En conclusion, je n'ai pas aimé ce roman. Ces rares qualités ne lui permettent pas de relever l'ensemble que j'ai pensé lourd, ennuyeux et pas assez développé quand il s'agissait de choses intéressantes. Les personnages ne sont pas attachants, l'intrigue ne décolle que sur une centaine de pages, les longueurs sont parfois déroutantes. C'est franchement dommage, parce que la plume est très belle, l'immersion totale, l'atmosphère très sombre et la base — les meurtres employés — est pourtant très captivante.



Titre : Héritage
Titre VO : Bequest
Auteur : Anna SHEVCHENKO
10/18 — 2012
408 pages
8€40


Résumé :
Un secret historique datant du XVIIIe siècle confiné dans les archives staliniennes, tel est l'inestimable héritage que vont se disputer un ambitieux lieutenant des services secrets russes et une jeune avocate londonienne éprise de justice. Une odyssée flamboyante qui mêle avec brio vieilles légendes slaves et enjeux politiques modernes.


Mon avis :
Je suis sincèrement partagée sur ce roman. J'en sors avec une bonne opinion, c'est sincèrement une histoire intéressante, mais elle a de petits couacs non négligeables. Pour un premier roman de l'auteure, je le trouve bien et il donne envie d'en lire plus. J'ai passé un bon moment avec ce roman et j'ai été ravie de découvrir son contenu.

J'adore l'idée de base. Se servir d'une vieille légende ukrainienne pour construire toute une intrigue à la fois fictive et réelle est une bonne idée. Tout le roman repose sur des idées qui, moi, me plaisent et me font rêver, on évoque un trésor, de l'espionnage, des recherches historiques dans des châteaux et des archives. Il y a des passages dans le passé, on parle de la Russie et de l'Ukraine, deux pays dont je connais que peu de choses au final, même d'un point de vue historique. Les idées sont présentes et bien exploitées, et je me suis rarement ennuyée.

Le truc, il faut à tout prix être concentré sur le roman. Impossible de faire autre chose, même mettre de la musique d'ambiance, car ce roman est complexe à appréhender. De mon point de vue, j'ai trouvé la lecture fastidieuse pour toute la somme d'éléments à ingérer et parce que l'Ukraine et la Russie ne sont pas des pays que l'on connaît forcément hyper bien (à moins d'en être fan, curieux ou originaire). Du coup, ça fait une somme conséquente d'informations à imbriquer et j'ai parfois eu l'impression de me perdre.

La première partie nous présente une scène où l'on ne comprend rien. On y voit une Britannique, un mort, des menaces, des papiers historiques importants. Tout est confus, néanmoins, au fut et à mesure qu'on avance dans la première partie tout s'éclaircit et l'on revient à cette scène de départ. Boucle bouclée et l'on avance, d'un côté avec un agent russe, Taras, de l'autre avec Kate, l'avocate britannique. J'ai adoré l'histoire, aussi compliquée fut-elle dans sa mise en route, parce qu'elle montre tous les mauvais pas, elle montre tout ce qui ne va pas et qui fait que tout (ou presque) se finit pas top. Ce qui est surprenant, je dois dire, c'est ce qui le rend original et atypique.

L'écriture est fluide, j'ai particulièrement aimé les passages du passé, au temps de Sofia, avec le vocabulaire spécifique. Les descriptions des papiers, des lieux, des bâtiments visités, c'est ce qui m'a le plus plût dans le style d'Anna Shevchenko. Les émotions sont peu présentes, j'avoue ne pas avoir senti de grands frissons, de sueurs froides ou de tristesse. C'est en grande partie dû aussi aux protagonistes principaux dont on s'attache que peu au final. En revanche, le côté politique est bien présenté et agréable à lire, surtout lorsque nous nous trouvons du point de vue de Taras.

Ce dernier est un agent russe, froid et peu sympathique. C'est un espion, c'est un meurtrier, pourtant, il y a quelque chose qui le rend curieux, il s'attache un peu à Kate. C'est dommage que sa personnalité ne soit pas plus travaillée ou que son lien avec Andreï ne soit pas plus expliqué ou mis en avant. J'appréciais Andreï et regrette ce qui lui arrive, il était plutôt intéressant et agréable à suivre, surtout dans sa relation avec Kate, romantique et forte. Kate est d'origine ukrainienne, c'est une avocate tranquille jusqu'à l'arrivée de ces documents testamentaires. Elle se lance avec Andreï dans une chasse au trésor, puis la poursuit de son côté pour découvrir le fond de l'affaire. J'ai bien aimé le personnage, du moins, elle fait des erreurs et apprend de ses erreurs, elle n'est pas parfaite et c'est ce qui m'a convaincue de la suivre.

En conclusion, vous l'aurez compris, ce roman possède des défauts : des personnages pas assez exploités (secondaires) ou peu travaillés ; peu d'émotion ou d'action ; un début prometteur, mais complexe à mettre en place. Toutefois, il présente des originalités certaines : les idées, l'angle de la chasse au trésor, la légende adoptée pour construire le récit, la fin. Héritage n'est pas parfait, c'est un premier roman qui parvient pourtant à se rendre sympathique à la lecture.



Titre : Le royaume des Voleurs
Titre VO : The Holy Thief
Auteur : William RYAN
Tome 1
Série : Une enquête de l'inspecteur Korolev
10/18 – 2012
426 pages


Résumé :
Moscou, hiver 1936, le corps d'une jeune Américaine est retrouvé dans une église désaffectée. Sur la piste du tueur, l'inspecteur Korolev doit infiltrer « le royaume des Voleurs » - la haute pègre moscovite. Alors que le NKVD s'en mêle, les cadavres se multiplient. Mais qui sont les vrais criminels dans cette Russie stalinienne rongée par la terreur, la faim et l'incertitude ?


Mon avis :
J'avais gagné ce roman (et d'autres) lors d'un concours serial lecteur organisé par Pocket, 10/18 et Fleuve Noir. Le résumé m'avait intriguée par le contexte choisi, loin d'être connu du grand public. Je suis ravie de cette lecture, l'immersion est totale, et l'enquête policière vaut le détour, j'aimerais poursuivre cette aventure avec le deuxième tome « Film noir à Odessa ».

L'histoire nous conduit au cœur de la terreur stalinienne, en 1936, à une époque où les dénonciations se succèdent, où il est difficile de voir ses ennemis de ses amis. Dans un contexte très hiérarchisé et codifié, Korolev se voit confier une enquête qui va le mener trop loin, dans la religion et la politique, deux milieux se déchirant, voire même pénétrer dans le célèbre royaume des Voleurs. L'enquête est très bien menée, j'ai été très ravie de voir que l'auteur prend son temps pour exposer l'intrigue sans aller ni trop vite ni trop lentement. Les dialogues et descriptions servent l'enquête, il faut donc rester attentif aux gestes et propos de chaque protagoniste que rencontre Korolev. Ainsi, dès les premières pages on plonge dans un roman sombre, un policier captivant, où les détails sont importants. Aussi, certains passages pourront heurter la sensibilité de ceux n'appréciant guère la torture et la violence en général. Les révélations finales sont surprenantes ou pas – selon si vous avez deviné le fin mot de l'histoire ou non. Pour ma part, même avec une petite intuition, le final reste surprenant et haletant.

Le récit nous mène véritablement dans la Russie de 1936, c'est incroyable et l'auteur, on le voit de suite, qu'il a dû se renseigner sur cette période. L'architecture, les coutumes, le mode de vie, les peurs des gens et leur misère, tout est bien décrit, intéressant même. C'est vrai que c'est bien la première fois que je vois cette époque et ce pays avec une immersion réussie et prenante. L'ambiance est angoissante, haletante, on reste suspendu aux mots durant toute la lecture. Parce que rien n'est acquis, le danger est partout, on se méfie de tout le monde, on recherche des coupables, des traîtres. C'est parfois pesant, sans compter la très grande misère qui nous rend tristes. En somme, on ne peut pas rester indifférent devant les différentes ambiances contées dans le roman.

La plume de l'auteur est travaillée, et ce dans le but de rendre compte d'une époque précise, un pari réussi ! Les descriptions et les dialogues sont bien écrits, l'un comme l'autre permettent de cerner les personnages, de les comprendre, de les voir évoluer, de connaître leurs pensées et leurs émotions. Les indices sont bien fournis, réalistes et aident à la compréhension de cette enquête très complexe et riche en rebondissements. Toutefois, j'applaudis la grande fluidité du récit, j'ai été happée dès le départ et j'ai pris mon temps pour le lire, tant j'étais dedans et que je souhaitais rester dans le roman.

Les personnages sont humains, réalistes et sympathiques à suivre. Certains nous sont antipathiques, d'autres, trop gentils pour être vrai, certains encore sont bien mystérieux. Aucun ne nous laisse indifférents et ils apportent tous quelque chose dans l'intrigue. Korolev m'a de suite plu, il est très attachant à suivre, perspicace, efficace et simple, soucieux de son entourage. J'ai beaucoup aimé sa personnalité à la fois un peu bourrue et amusante, c'est un bon inspecteur et j'espère le revoir dans d'autres romans, notamment le deuxième tome de ses aventures. J'ai eu un gros coup de cœur pour Seminiov, un jeune homme très courageux, aimable, drôle et plus que surprenant, c'est une aide de grande importance pour Korolev. D'autres personnages sont présents, comme Gregorine, Larinine, Babel, Kolya, mais je me refuse à vous parler d'eux, ce serait trop en dire.

En conclusion, j'ai passé un excellent moment de lecture avec ce bon policier. L'intrigue est fascinante, complexe et riche, l'époque et ses particularités donnent à l'ensemble une ambiance singulière à l'ensemble. C'est prenant et captivant, grâce à une plume soignée et fluide, travaillée et précise ; l'auteur s'est renseigné sur bon nombre de sujets afin d'être le plus simple et précis possible. De plus, les protagonistes sont très sympathiques, réalistes et humains, Korolev est attachant. Je le conseille à tous les fans de policiers ou ceux qui souhaitent appréhender le milieu soviétique de Staline dans les années 30, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale.

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