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29/09/2016

Contes ~ Belle (McKINLEY), Cendrillon (CANDAU), La malédiction de Boucle d'Or (DIXEN)

Titre : Belle
Titre VO : Beauty
Auteur : Robin McKINLEY
Pocket — 2015 — 246 pages — 7€40


Résumé :
Belle était loin d'être aussi jolie que ses sœurs. A quoi bon ? Aux soirées mondaines, aux robes somptueuses, elle préférait les chevaux et les auteurs anciens. Quand son père se trouva ruiné, elle en fut réduite à aller avec sa famille habiter une pauvre maison, dans un village au fond des bois. Tous auraient pu vivre ainsi, heureux d’une existence loin du luxe et des lumières de la ville, mais le destin s’acharna une fois encore sur eux. Quand son père revint au foyer avec l’histoire d’un château magique et de la terrible promesse qu’il avait dû faire à la Bête qui y vivait, Belle partit de son plein gré affronter le monstre et sa question sans cesse répétée : « Belle, voulez-vous… ? » Ceci est son histoire… une histoire d’amour et de rêve.




Mon avis :
Étant une grande fan de la Belle et la Bête, j'ai failli passé à côté de ce roman dont j'ai entendu parler que très récemment. Je profite du Weekly Book Color Challenge sur la couleur verte pour le découvrir, ce fut une agréable lecture, mais pas un coup de cœur, il a quelques défauts qui m'ont fait tiquer.

En terme de réécriture, ce récit retient les belles lignes du conte de départ, celui de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (17e) tout en apportant une touche — qui à mon sens — se rapprochait du film de Cocteau. Le monde de fantasy est sympathique avec cette notion de magie, je regrette de ne pas avoir plus d'information sur le monde de Belle, il est à la fois proche du notre et magique. Les domestiques invisibles, la Bête, la malédiction, le père marchand, la ruine de la famille, la rose dérobée donnant naissance au pacte entre la Bête et le père. Les grandes lignes sont présentes, ça fait très plaisir d'avoir une histoire aussi fidèle tout en possédant sa part de créativité.

Ensuite, l'écriture de l'auteure est juste un vrai ravissement, elle prend son temps pour installer et construire. D'une part, elle imagine le mode de vie de Belle, dont le vrai nom est Honneur ; on installe les bouleversements, la forêt enchantée et mystérieuse, la vie de Belle au château de la Bête. Tout est décrit avec minutie et précision, les descriptions, les dialogues et les émotions sont bien retranscrits par Robin McKinney. La construction se fait avec lenteur et brio, ce qui m'a permis de rester accrocher, surtout que l'évolution de la relation entre Belle et la Bête se fait avec le temps, aucune précipitation.

Juste quelques désagréments sont venus ponctuer ma lecture. Premier point, la rapidité de la fin. L'auteur — comme évoqué ci-dessus — prend son temps pour décrire, écrire, présenter, commenter tout ce qui se déroule. Belle a une grande intelligence sur son environnement, c'est un vrai régal que de lire ses pensées, une aisance renforcée par l'utilisation de la première personne du singulier. C'est une héroïne audacieuse et courageuse, sage et bienveillante ; la Bête est quant à elle, si gentille, aimable, sauvage et sympathique, c'est un mystère doux à percer pour sauver l'homme qu'il y a derrière. Les deux derniers chapitres m'ont complètement refroidie, tout s'écoule avec une vitesse effrénée, le rythme causant tout le charme de la lecture se trouve brisé.

Ensuite, l'ambiance est typée fantasy. Toute cette magie, cette sombre affaire de malédiction, de Bête et de domestiques invisibles dressent un portrait à la fois merveilleux et angoissant des lieux dans lesquels Belle vit désormais. L'ambiance respecte purement la tradition des contes, il manquait un peu de background, d'informations pour pleinement apprécier ce monde, mais l'univers reste correct. Les ingrédients distillés forment un beau récit, avec une histoire d'amour, d'amitié, de famille, avec la part belle aux sentiments. Pour moi, il manquait très clairement de dangers, d'actions, de péripéties. Ce qui m'a charmée dans les versions ultérieures de Cocteau et de Disney, c'est le prétendant, Avenant ou Gaston. Le rejet de la Bête par la famille de Belle est à peine évoqué, est-ce les nombreux cadeaux qui le rendent plus fréquentable ? J'en doute ou alors, c'est effrayant.

Les autres personnages sont plutôt sympathiques sans être pour autant très attachants. Les sœurs de Belle sont adorables, j'apprécie l'idée qu'elles soient différentes, plus douces et gentilles. Ger et Grandcoeur sont mes petits chouchous, ils sont si tendres envers Belle, pareil pour le père, une véritable crème. Il est inquiet pour sa fille et cela se voit tout de suite. Lydia et Bessie m'ont énormément amusée.

En conclusion, j'ai passé un bon moment de lecture, il est vrai que ce n'est pas le coup de cœur que je m'attendais à avoir, mais il se laisse lire en raison de son ambiance très conte. Entre fantasy et romance, cet univers est plaisant à découvrir ; la plume est magnifique, très travaillée et précise, elle permet d'entrer dans la vie de Belle, dans son histoire complètement renversante, une romance bien menée. Si la fin est rapide à mon goût et que le roman manque de dangers et de surprises, il reste un bonheur à lire grâce à ses deux protagonistes principaux.







Titre : Cendrillon
Titre VO : Have Courage, Be Kind : The Tale of Cinderella
Auteur : Brittany CANDAU
Hachette (Lecture Academy) – 2015
288 pages
16€


Résumé :
"Cendrillon" nous présente les aventures d'Ella, dont le père se remarie après la mort tragique de sa mère. Bien décidée à soutenir son père, Ella accueille avec la plus grande gentillesse sa belle-mère Lady Tremaine et ses deux filles. Mais lorsque le père d'Ella meurt à son tour, elle se retrouve à la merci d'une famille cruelle...


Mon avis :
Le film me tentait terriblement, mais je n'ai pas eu le temps d'aller le voir, je me rattrape alors avec ce livre. Court, trop court, j'aurais aimé qu'il soit encore plus précis, mais ça nous donne une idée du film, de ses événements et je pense que je vais beaucoup aimé le film quand je le verrais. Je remercie les éditions Hachette pour ce partenariat. La couverture est magnifique et ce conte de Perrault revisité a du charme, la lecture est agréable, fluide, rapide et prenante – un vrai moment de détente.

L'histoire suit les grandes lignes du contes de Perrault et en ajoute d'autres, qui nous permettent de mieux comprendre l'héroïne, le prince, les parents de la jeune Ella. L'intrigue, on la connaît tous, cependant, j'étais ravie de lire la jeunesse de Cendrillon, de voir ses parents, de lire cet instant T où tout bascule dans le cauchemar pour cette jeune femme. L'histoire alterne entre le point de vue d'Ella qui devient Cendrillon et de Kit, le Prince qui devient Roi. Cette évolution est très captivante à lire et elle est bien marquée dans le livre. Il y a une chose que je dois avouer, c'est que je n'ai jamais apprécié le conte de Cendrillon, je trouvais cette fille trop niaise. C'est une excellente adaptation, parce que j'ai – pour la première fois – plus qu'adoré cette version, je l'ai lu super rapidement tellement j'étais prise dans l'écriture.

Je ne m’épancherais pas plus sur l'histoire, elle est bien écrite, j'ai adoré suivre ces péripéties et voir cette adaptation est très plaisante. Elle est bien faite. L'écriture de Britanny Candau est fluide et agréable à lire, elle a su capter les images, parce que même en n'ayant pas vu le film, j'avais des images en tête. Descriptions et dialogues sont sommaires, mais ils sont précis, suffisamment pour nous laisser imaginer l'histoire. Les émotions ont une grande importance et sont bien retranscrit, on se sent touché par la vie de Cendrillon, son calvaire. Pour ma part, j'avoue avoir été plus touchée par cette jeune femme que par les autres versions du contes, dessin animé inclus.

Le livre est un bel objet, je reste émerveillée par les feuilles mêlant le bleu et le blanc avec tous ces entrelacs marquant les changements de points de vue. L'écriture a une jolie typographie, c'est lisible et aéré, c'est un livre très joli et très agréable à lire, il a du charme et il fait très conte. L'esthétique est soigné.

J'ai bien aimé la voir naturelle, humble, même dans l'exploitation, avec cet esprit indépendant et intelligent, cette force de caractère cachée intérieurement. Parce que oui, on peut avoir un caractère fort sans pour autant être la grande gueule de service. La douceur qui se dégage d'elle est intéressante et contraste avec la cruauté des demi-soeurs et de la belle-mère. Toutefois, cette dernière n'est pas que méchante, elle est assez intelligente dans la manipulation, j'ai tout de même ressentie une légère fragilité chez Tremaine.

Le prince est une grande surprise pour moi, je m'attendais à ce qu'il soit secondaire, il paraissait assez rêveur et naïf. Cependant, ce n'est qu'une facette, il s'affirme de plus en plus au fil des pages et j'ai adoré ce protagoniste. Le capitaine et ami du prince est lui aussi un personnage sympathique, il m'a souvent bien fait rire avec ses remarques, le roi est très touchant et le Grand-Duc est loin de l'image du dessin animé Disney. Il est absolument mauvais en tous points. Au final, ces personnages ne sont peut-être pas énormément travaillés, mais ils ont l'avantage d'être intéressants à suivre et j'ai pris plaisir à les découvrir.

En conclusion, je suis plus que ravie par cette découverte. Je n'ai pas vu le film, mais ce livre m'a donné très envie, il m'a même rendu impatiente de le voir. Ce roman m'a également réconciliée avec le conte de Cendrillon, une histoire que je n'aimais pas particulièrement, mais qui avec cette version m'a touchée. Les personnages sont attachants, l'esthétique m'a plongé dans une ambiance féerique, la plume de Brittany Candau est soignée, en somme, c'est une belle découverte, une bouffée d'air frais et une lecture très agréable.





Titre : La malédiction de Boucle d’or
Auteur : Victor DIXEN
Tome 1
Série : Animale
Gallimard Jeunesse (On lit plus fort) — 2013 — 437 pages


Résumé :
Et si le conte le plus innocent dissimulait l'histoire d'amour la plus terrifiante ? 1832. Blonde, dix-sept ans, orpheline, vit depuis toujours dans un couvent, entourée de mystères. Pourquoi les soeurs l'obligent-elles à couvrir ses cheveux d'or et à cacher sa beauté troublante derrière des lunettes noires ? Qui sont ses parents et que leur est-il arrivé ? Quelle est la cause de ses évanouissements fréquents ? Blonde est différente et rêve de se mettre en quête de vérité. Alors qu'elle s'enfuit du couvent pour remonter le fil du passé, elle se découvre un côté obscure, une part animale : il y a au coeur de son histoire un terrible secret.


Mon avis :
Je ressors conquise par cette adaptation du conte de Boucle d’or et les trois ours malgré quelques longueurs qui m’auront parfois perdue. J’ai reçu cette épreuve non corrigée des éditions Gallimard Jeunesse en guise de cadeau de bienvenue parmi leurs chroniqueurs de l’année 2013-2014. C’est réellement une belle histoire que je vous conseille d’acheter à sa sortie, elle mérite le détour.

L’histoire est sympathique et prenante. Cette malédiction est très intéressante et bien décrite, l’on ressent bien ses effets et les conséquences pour ceux qui sont nés sous le signe de l’Ours. Dans la forme, j’ai trouvé la présentation originale et j’approuve l’idée. La première partie nous présente Blonde, l’héroïne, le couvent dans lequel elle a toujours vécu ainsi qu’un curieux dossier, celui de la disparition de Gabrielle de Brances. Ces successions de témoignages et d’entretiens m’ont énormément plu et ont tout de suite attisé ma curiosité.

La deuxième partie nous concentre autour de Blonde, de ses relations avec les autres, on découvre les tenants et les aboutissants de la malédiction, les problèmes se profilent et des révélations apparaissent. Une partie riche et qui a prolongé mon enthousiasme. La troisième partie est contée sous la forme d’un journal intime que tient Blonde et j’ai adoré cette partie qui nous rapproche encore plus du personnage principal. Quant à la dernière partie, elle conclut parfaitement bien ce récit, riche en rebondissements et en émotion.

Chaque élément est bien présenté, la lecture s’avère claire, l’auteur prend son temps pour placer son décor et pour nous expliquer des notions importantes à son récit, qu’elles soient religieuses, politiques ou surnaturelles. Nous avons ainsi une belle promenade et un récit initiatique, celui de Blonde à la recherche de son passé, de la vérité et surtout d’un remède à sa malédiction. Le style est très travaillé, les mots sont bien employés, ils sont à leur bonne place et l’on entre dans l’histoire avec facilité. On reste accroché au récit, malgré les quelques longueurs dans les descriptions. Ces dernières demeurent fluides et nous permettent de mieux nous représenter les personnages et les lieux. L’ambiance du roman m’a beaucoup plu, on est loin du conte où tout se passe bien et j’ai adoré voyager à travers la Moselle, les pays nordiques ou encore les caves secrètes du Vatican.

J’affirme que c’est réellement une réinterprétation vivante, originale où la romance est un élément clé. Les émotions sont toujours justes, la romance n’est pas mièvre, l’action est présente sans être trop rocambolesque et les dialogues sont très bien écrits. L’auteur a placé l’action en 1832 et l’on s’y croit facilement, les mots et les idéologies respectent l’époque, les références à Napoléon sont intéressantes pour comprendre les va-et-vient des aristocrates.

Les protagonistes sont complexes et attachants. J’ai adoré Sven et Gabrielle, c’est bien dommage que l’on n’en sache pas plus sur eux, car ils le mériteraient. Les « amies » de Blonde au couvent sont intéressantes, elles connaissent une certaine évolution et Bérénice détient une intrigue qui m’a plu. Gaspard et Blonde sont touchants, ils sont attachants et les suivre conduit à une longue évolution, des rebondissements prenants et une fin touchante. Les autres personnages ont tous une importance dans l’histoire, une psychologie fouillée et des intrigues prenantes, je pense notamment au comte de Valrémy.

Je ne sais pas si une suite est prévue, car la fin se suffit à elle-même, néanmoins, le destin de certains personnages reste inconnu et je doute – compte tenu de la mentalité de ces protagonistes – qu’ils en restent là. Il y a des éléments qui appellent à être plus poussé. En tout cas, je ressors enthousiaste et conquise par cette réécriture originale d’un conte, le style est fluide, l’histoire prenante et les protagonistes attachant. Le récit est travaillé, chaque détail est soigné, je remercie vivement les éditions Gallimard Jeunesse pour cet envoi.

2 commentaires:

  1. J'ai trop trop envie de lire belle !

    Et j'ai vu le film de cendrillon que j'ai bcp aimé :)

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    1. Contente pour Belle, j'espère que tu aimeras. Cendrillon m'attends sagement dans ma pile à voir, j'ai hâte de le voir !

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