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27/10/2016

John BOYNE : Mon père est parti à la guerre, Le garçon au sommet de la montagne + Noé Nectar





Titre : Mon père est parti à la guerre
Titre VO : Stay where you are and then leave
Auteur : John BOYNE
Gallimard Jeunesse — 2014
273 pages
13€



Résumé :
28 juillet 1914. Le jour où la guerre éclate, le père d'Alfie promet qu'il ne s'engagera pas. Et rompt sa promesse le lendemain. Quatre ans plus tard, Alfie ignore où il se trouver. Est-il en mission secrète comme le prétend sa mère ? Alfie veut retrouver son père.


 
Mon avis :
Je remercie les éditions Gallimard Jeunesse pour ce nouvel envoi. C'est un ouvrage intéressant et touchant, personnellement, je l'ai bien apprécié, mais ce n'est pas un coup de cœur.

L'histoire se situe durant la guerre de 14-18, l'histoire du XX° ne m'a jamais passionnée, excepté la guerre froide peut-être. Du coup, j'étais mitigée tout le long du récit, parce que j'aime être touchée naturellement et parce que le sujet l'impose. C'est vrai qu'on ne peut pas rester de marbre devant cette période de l'Histoire et forcément, j'ai toujours l'impression de me sentir obligée d'adhérer. C'est rare quand les romans évoquant ces deux guerres mondiales me font vraiment l'effet d'un coup de cœur comme Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre. Même Max ou La vague noire me plaisent sans pour autant être géniaux.

Ce que j'ai surtout adoré dans ce roman c'est le choix de l'intrigue. Pas de front, pas de bataille, ici, on s'intéresse plus à Alfie et son ressenti devant la guerre, à Alfie et sa mère travaillant dur, à Alfie qui recherche son père, enfermé dans un hôpital pour une psychose traumatique. J'ai beaucoup aimé les descriptions de l’hôpital, très bouleversantes, tous ces soldats traumatisés psychologiquement, que l'on traité de fous. C'est très fort et intéressant, c'est rare d'en parler. J'aurais aimé qu'on lise plus de passages autour du travail de la mère d'Alfie, les hommes étant sur le front, pour faire tourner économiquement le pays, ce sont les femmes qui travaillaient et ça m'a un peu manquée.

Cela dit, j'applaudis l'auteur pour son originalité et pour sa qualité à retranscrire une époque, un pays. Le style m'a – au début du récit – laissé de côté pour peu à peu parvenir à me prendre. Après un début où je me suis un brin perdue, j'ai apprécié le soin apporté aux descriptions, aux sentiments des personnages, aux répliques. J'ai bien aimé ce subtil mélange entre poésie et innocence d'un côté, et de l'autre, la réalité. La plume de John Boyne est soignée et permet de conter une histoire différente autour de 14-18.

Le défi de l'auteur est réussi. Il a su parler de la Première Guerre mondiale à travers Alfie sans tomber dans le mélodrame, mais en conférant à son récit une force incroyable. Ce qui donne au roman une valeur de témoignage presque, puisque les personnages mis en avant sont loin d'être des soldats. L'intrigue est simple, et pourtant, l'auteur parvint à convaincre les lecteurs, en tout cas, malgré les ficelles un peu trop grosses, j'ai fini par adhérer à la mission secrète d'Alfie, celle de retrouver son père et de le sauver.

Néanmoins, j'aurais aimé une fin plus complète, Alfie a pour ma part fait une énorme bourde, et rien n'est évoqué sur une quelconque sanction. Je suis d'accord avec lui pour dire que cet hôpital est horrible, je suis touchée par sa détermination, mais quand même, il y avait un juste milieu. La fin est pour moi, un brin rapide, mais elle n'enlève rien au charme du roman.

L'autre force du roman, ce sont ses personnages. Alfie est un garçon très atypique, curieux, perspicace, très attachant, on se prend très vite d'amitié pour lui et l'on se laisse bercer par ses réflexions qui nous font réfléchir à notre tour. J'ai adoré sa personnalité, son innocence non dénuée d'intelligence, ses répliques m'ont souvent amusée, c'est un petit garçon très difficile à oublier. Son père a lui aussi une charge émotionnelle forte, son histoire m'a énormément intéressée et ce qui lui est arrivé est très touchant. J'ai beaucoup d'affection pour Joe Patience, dont les idées étaient mal comprises à l'époque, toutefois, j'adore son combat, ce qu'il fait. La mère d'Alfie est un protagoniste très sympathique, comme la grand-mère aussi forte que drôle, quelles femmes incroyablement captivantes. Même les Janàcek, peu présent dans le récit, ont une importance, une force a apporter. Les protagonistes de ce roman sont humains, attachants et ils sont intéressants à suivre.

En conclusion, c'est un bon roman pour ma part. J'avais beaucoup de mal au début, mais j'ai persévéré et j'ai découvert un récit humain, poignant et prenant. C'est un bon roman autour des personnes qui n'ont pas pris part au front, les femmes et les enfants, ou ceux qui optaient pour une voie plus pacifiste refusant d'aller se battre. La plume de l'auteur rend le récit captivant chapitre après chapitre, les personnages sont passionnants à suivre, notamment Alfie. Même si ce n'est pas un coup de cœur, il est à lire, parce que le sujet est original et parce qu'il est touchant à partir du moment où l'on s'intéresse au cas de Georgie Summerfield.






Titre : Le garçon au sommet de la montagne
Titre VO : The boy at the top of the mountain
Auteur : John BOYNE
Gallimard Jeunesse — 2016
272 pages


 

Résumé :
A l'aube de la Seconde Guerre mondiale, le petit Pierrot mène une vie insouciante et heureuse à Paris. Devenu orphelin, il rejoint sa tante, en Allemagne dans une maison en haut de la montagne. Sauf qu'il ne s'agit pas d'une maison ordinaire. C'est le Berghof, la résidence secondaire d'Hitler. Pierrot va découvrir un nouveau monde, fascinant et monstrueux.


 
Mon avis :
Je tenais à remercier les éditions Gallimard Jeunesse (On lit plus fort) pour cette nouvelle découverte. C'est le troisième roman de John Boyne que je lis, le second sur le thème de la guerre, je trouve qu'il est formidable pour en parler. Avec émotion et justesse ; et même si le roman a ses défauts, il est franchement déroutant et percutant. Ce fut une bonne lecture que je recommande aux amateurs de ce type de récit.

La guerre de 39-45 est évoquée par l'intermédiaire de l'endoctrinement, des jeunesses hitlériennes ; ce qui est en soi assez original. C'est d'ailleurs ce qui renforce le caractère touchant et poignant du récit, la perversion d'un enfant, si innocent à son arrivée rend l'histoire presque inoubliable. J'ai beaucoup aimé le concept, d'avoir amené cet enfant au sommet de la montagne, dans la résidence secondaire d'Hitler, c'est atypique et bien pensé, fascinant et terrible.

Je vais commencer par les points qui m'ont rendue chafouine. Je suis assez déroutée par la rapidité de l'endoctrinement de Pierrot, c'est trop rapide, trop gros à mon sens. J'aurais aimé quelque chose de plus sournois, de moins « bloc ». Ça avait bien commencé avec la tante et son ami chauffeur Ernst, en recommandant à Pierrot de ne pas parler de son ami juif ou de ses racines françaises. Puis, brusquement, tout s'emballe et j'ai trouvé que l'esprit vif de notre petit garçon s'estompe trop rapidement.

L'autre point dommageable, c'est la rapidité d'expédition de la fin. Les alliés débarquent, Pierrot retourne trop facilement sa veste même s'il avait compris le mal qu'il a pu faire. Il retrouve son ami juif et lui conte son récit. Tout va vite, l'auteur ne prend plus le temps de poser les émotions, les questions comme dans le roman et il m'a manqué des explications, le ressenti de cet ami devant les horreurs.

Ces deux points, à moins d'y être très sensible, vous pouvez les oublier le temps de la lecture. J'avoue que je chipote un peu. L'histoire nous montre comment il est facile de corrompre un enfant, de lui faire perdre ses repères et ses valeurs pour en faire un véritable nazi. Pierrot perd son enfance pour se plonger dans les tourments de la guerre, de l'antisémitisme et se persuader qu'il est normal, bon. Il en vient à commettre des atrocités, à penser d'horribles choses et pourtant, l'auteur nous laisse un petit faisceau d'espoir. Déjà par notre attachement à Pierrot, mais aussi parce qu'une partie de son entourage est encore humain. L'intrigue est linéaire, chronologique ; elle se laisse lire avec facilité, j'ai tourné les pages sans réellement m'arrêter, désireuse de connaître la suite. Il y a peu d'action, mais la psychologie est très forte, ce qui le rend addictif.

La plume de John Boyne est très facile d'accès, l'auteur sait comment nous faire plonger dans la tête d'un enfant, dans ses questions et doutes, ses convictions et sa naïveté. L'auteur dépeint très bien l'endoctrinement, les nazis sans pour autant être lourd ou précis. Il nous laisse imaginer les lieux, les personnes rencontrées et qui sont connues, le cercle des proches d'Hitler. Cette vie au sommet de la montagne, ou dans l'orphelinat, le trajet de l'un à l'autre, l'auteur sait décrire et offrir des dialogues très intéressants. L'ambiance est particulière, intimiste et sombre, violente parfois, je me suis sentie complètement oppressée par l'ensemble qui offre ainsi une belle immersion.

En conclusion, ce n'est pas un coup de coeur, mais il offre de belles possibilités. L'auteur évoque des sujets sensibles et poignants, avec une belle force et de la justesse. J'ai passé un bon moment en compagnie de ce récit percutant et fascinant d'un point de vue psychologique. Les personnages sont attachants ou édifiants par leur cruauté, le style est agréable à lire, l'intrigue a de bons rebondissements. L'émotion est très présente. Tout ce super mélange rend le roman unique et touchant, intéressant et captivant.






Titre : Noé Nectar et son voyage étrange
Titre VO : Noah Barleywater Runs Away
Auteur : John BOYNE
Gallimard Jeunesse — 2012
256 pages
13€


Résumé :
«Noé Nectar partit de chez lui de bon matin, avant l'aube, avant que les chiens ne se réveillent et que la rosée cesse de mouiller les champs.» Le plus simple quand on a des problèmes, c'est de ne pas y penser. Alors, Noé, 8 ans, quitte la maison. Le voilà bientôt qui traverse la forêt et découvre un étrange magasin de jouets, peuplé d'une myriade de pantins étonnants. Le vieil homme qui les sculpte a une histoire à raconter à Noé, une histoire où il est question de promesses qu'on ne tient pas. Il embarque Noé pour un voyage qui pourrait bien changer sa vie.


 
Mon avis :
Un très beau conte retraçant le voyage d'un petit garçon avec des thèmes fort comme le deuil, la famille, l'avenir. Tout ceci avec une plume juste et légère, que j'avais déjà repérée dans Mon père est parti à la guerre.

C'est une œuvre véritablement jeunesse, mais qui mérite d'être lue et connue. Le voyage est très bien exploité, Noé s'enfuit de chez lui, le vieil homme qu'il rencontre lui conte ses allers venus à travers le monde. On voyage dans le temps puisque nous revenons dans le passé du tenancier de la boutique de jouets. Par ailleurs, autre aspect intéressant, appelant directement l'enfant que nous avons été, c'est le jouet. Les pantins et marionnettes sont très présents dans la boutique, certains ont même des histoires que nous conte avec passion le vieil homme. Il y a une référence connue qui s'installe petit à petit, j'ai apprécié ce clin d'oeil, je ne m'attendais pas à ce que cela prenne une tournure aussi prononcée. Ce fut une agréable surprise.

Le texte est fluide, agréable et facile à la lecture, sans pour autant être édulcoré. J'en ai parlé dans l'introduction, mais la mort a une grande importance, la maladie, la vieillesse, le départ, le deuil. Et malgré ces thèmes peu réjouissants, l'auteur maintient un caractère fantastique et merveilleux dans lequel il est facile de réfléchir. Jamais, dans ma lecture, je ne me suis pas sentie trop triste ; nous sommes touchés comme il le faut. Les descriptions permettent de s'imaginer les lieux et les personnages, les sentiments sont facilement identifiables et ressentis, quant aux dialogues, ils sont bien construits.

Un petit plus que j'aurais aimé voir plus et mieux exploité, ce sont les dessins. Ils sont beaux dans leur style simple et précis, la légende les accompagnant est sympathique. Ce sont vraiment des illustrations intéressantes et jolies, agréables à voir, j'aurais souhaité les voir plus nombreuses. Elles auraient dû mieux servir le texte, mais Oliver Jeffers a su tout de même capter l'âme du livre, un conte entre réalité et fantastique, un mélange étonnant pour une promenade tout aussi étrange.

L'intrigue est bien menée. Elle est simple, les chapitres et leurs titres accompagnent la lecture, on suit dans un premier temps Noé. Puis dès sa rencontre avec le vieil homme, les deux protagonistes alternent leurs passés afin de comprendre plus en profondeur leur histoire, leur psychologie. Entre chaque retour dans le passé, un chapitre permet de faire la transition, c'est simple, on ne peut pas se perdre. Le vieil homme évoque son père « Poppa », son amour pour la course à pied qui lui aura permis de voyager à travers le monde. Noé, lui, nous parle de sa mère grâce à des souvenirs particuliers.

Il n'y a pas de but précis à ce roman. Il nous évoque des thèmes peu joyeux dans une ambiance de conte, il nous sert de promenade paisible et détonante, il permet la rencontre de deux êtres qui ont beaucoup à partager. Je l'ai trouvé juste, sensible, humain et déroutant. Un réel petit bijou pour ceux et celles qui souhaiteraient une belle histoire à lire pour leurs enfants.

Les personnages sont très attachants et sympathiques. Pour parler de Noé et du vieil homme sans trop en projeter, ça va m'être compliqué, parce que tous les moments marquants ayant conduit à ce qu'ils sont, ces passages sont contés. Ils permettent de mieux les cerner et de s'y attacher, ce serait criminel de les dévoiler. Les parents de Noé sont adorables, on parle plus souvent de sa mère, une femme courageuse et proche de son fils, intéressante dans sa manière de percevoir le monde. Poppa est une figure très paternelle et bienveillante, soucieuse du bonheur de son fils. Les autres protagonistes, je vous laisse le soin de les découvrir, ils sont captivants, chacun à sa manière.

En conclusion, j'ai adoré ce conte. Ce n'est pas un coup de cœur, mais cela reste une lecture agréable en compagnie de protagonistes humains. Le monde du jouet et celui du merveilleux se croisent toujours avec délice, le voyage est bien exploité, le récit se montre sensible et touchant sans oublier une petite note d'humour et de malice. La plume de John Boyne – auteur que j'ai découvert avec Mon père est parti à la guerre – se retrouve ici aussi, juste et soignée tout en étant fluide et simple. Une belle surprise.

1 commentaire:

  1. J'ai lu le premier il y a quelques années déjà je crois.. il m'avait bien plus mais je m'attendais à quelque chose d'autre..

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