Alma (DE FOMBELLE) - Tome 1 : Le vent se lève




Le vent se lève
 de Timothée DE FOMBELLE
Tome 1 – Alma
Gallimard Jeunesse – 2020 – 389 pages
On lit plus fort
Histoire | Fantastique | Chasse au trésor | Esclavage

1786. Le jour où son petit frère disparaît, Alma part sur ses traces, loin de sa famille et de la vallée d’Afrique qui les protégeait du reste du monde. Au même moment, dans le porte de Lisbonne, Joseph Mars se glisse clandestinement à bord d’un navire de traite, La Douce Amélie. Il est à la recherche d’un immense trésor. Dans le tourbillon de l’Atlantique, entre l’Afrique, l’Europe et les Caraïbes, leurs quêtes et leurs destins les mènent irrésistiblement l’un vers l’autre.
Bien, c’est assez compliqué de devoir écrire un avis sur ce livre ô combien controversé désormais. Je vais être honnête, il y a des choses qui ne vont pas du tout et je vais commencer dessus, ça permettra de souligner les très bonnes choses par la suite. Personnellement, excepté ces éléments dérangeants, j’ai bien aimé le roman et je suis plutôt curieuse de connaître la suite, maintenant reste à l’auteur et à la maison d’édition de clarifier des éléments.

Tarzan, Le capitaine Fracasse, Le dernier des Mohicans, Croc-Blanc, Robinson Crusoé, Ivanhoé, Les trois mousquetaires, L’île au trésor, Moby Dick, Michel Strogoff, Le comte de Monte-Cristo, le Tour du monde en 80 jours sont catalogués roman d’aventures. Pourquoi ? Déjà, faut noter une chose, tous sont des romans du 19e siècle, pour certains c’est du 18e même s’ils sont rares… et ça va jusqu’à 1950-1960 grossomodo. Bien sûr, ça n’interdit à personne aujourd’hui d’en écrire, mais le roman d’aventure a vu le jour avec cette grosse industrie du roman feuilleton, le genre a donc un contexte, des caractéristiques liées forcément à l’époque qui l’a surexploité.

D’après Saint Wikipédia, le roman d’aventure est caractérisée par une suite d’événements et de péripéties rocambolesques défiant la vraisemblance et la réalité historique, le héros est souvent l’incarnation du Bien, le genre englobe des quêtes personnelles (amour, déclassement social, amitié, le bonheur) avec des voyages physiques (donc catastrophes et naufrages, survie, la nature et les animaux, piraterie et trésors, découverte et exploration). Attention, c’est une liste établie d’après les romans du 19e, si vous reprenez la liste, vous pouvez facilement relier les titres aux caractéristiques énoncées. Aujourd’hui, on a tendance à les classer en historique, fantastique, fantasy ou science-fiction. Le Hobbit n’est pas un roman d’aventure même s’ils en possèdent de nombreux code (comme il possède aussi des codes du conte), pour bon nombre d’entre nous c’est un roman de fantasy.

Par conséquent, ce serait intéressant de savoir pourquoi on parle « d’aventure » pour le roman de Timothée de Fombelle ? Voyager sur un navire du commerce triangulaire avec des esclaves n’est pas une aventure. C’est pas Heidi qui vous chante Zip-a-dee-doo-dah dans sa montagne ni un énième exemplaire du quotidien trépident de Martine. Et cette quête de trésor et d’or ne justifie pas à elle seule cette étiquette de roman d’aventure, pas plus que les événements autour d’Amélie de Bassac, du charpentier Poussin. Du coup, je suis plutôt circonspecte devant le choix éditorial, Le vent se lève apparaît davantage comme un roman historique sur fond fantastique.

Là-dessus, Timothée de Fombelle s’impose. La reine incontestée de la recherche historique restera à mes yeux Ruta Sepetys parce qu’elle cite ses sources, met sa bibliographie complète pour nous donner une idée du travail accompli. Ce qui n’est pas le cas ici, c’est assez dommage. La base en Histoire, en Histoire de l’art et en Archéologie, c’est de citer les sources – un mantra qu’on nous a appris dès mon premier jour en fac. Néanmoins, l’auteur s’est documenté et a fait des recherches, c’est indéniable : le navire, les conditions de la traversée, l’Afrique, les descriptions savent créer une atmosphère, des ambiances, des lieux, des émotions. La plume de l’auteur reste un énorme point fort, parce qu’il sait décrire, faire parler ses personnages et les construire via les dialogues, il sait nous transporter et nous déranger, nous interpeller et nous faire réfléchir.

Enfin, les personnages. Deuxième point fort du roman pour moi, je les ai adorés, je les ai détestés. Alma et sa famille sont merveilleux, leur lien familial est touchant, fort, j’aime beaucoup Lam et Soum (les deux frères d’Alma). Alma est très intéressante, j’ai beaucoup aimé sa force de caractère sans être écrasante, sa débrouillardise, elle veut retrouver son petit frère Lam, coûte que coûte ce qui l’entraîne dans un dangereux sillon. Le père d’Alma reste mon personnage préféré, il est loin d’être parfait et possède de sombres secrets, mais il est déterminé à aider sa famille. Les protagonistes du navire de traite sont aussi dérangeants qu’ils peuvent avoir du bon, je pense notamment au charpentier, à Cook ou encore Joseph Mars. Les trois ont des secrets, les trois vont être des têtes à baffes comme de bonne compagnie, j’attends d’en savoir plus, de voir les secrets se percer et se lier, et se relier avec un autre groupe. La famille Bassac et le comptable Saint-Ange. Une fois de plus, le patriarche Bassac est aussi ignoble qu’il peut être bon, Amélie est une jeune femme incroyable et d’une intelligence remarquable qui permet d’évoquer la condition des femmes à cette époque – mais c’est horrible de la savoir si peu humaine sur le sujet de l’esclavage. Saint-Ange, c’est comme le capitaine de la Douce Amélie, ils sont en tête de liste pour être recensé dans un Death Note. En somme, les personnages sont humains, dans ce qu’il y a de pire ou de meilleur, qu’ils soient esclaves ou libres.

Avant de terminer, j’aimerais juste applaudir l’illustrateur, François Place qui a fait des dessins très beaux. L’objet livre est déjà magnifique, avec la dorure sur les oiseaux, ce pêle-mêle d’images avec ces lignes vertes sur fond jaune pastel : c’est d’une grande classe et de toute beauté. A l’intérieur, vous allez très souvent tomber sur des illustrations en noir et blanc, de style encre et lavis qui sont très belles, d’ordinaire ce n’est pas un style graphique que j’aime, mais sans en être fan, j’ai trouvé ces images très agréables à regarder. Elles permettent d’imaginer décors et personnages, des situations, elles sont sombres et soignées.

De ce fait, l’histoire est prenante avec d’excellents atouts pour tenir en haleine et des thèmes forts – nous interpelant, nous amenant à réfléchir. La plume est soignée et d’une très grande maîtrise, les émotions sont bien développées, idem pour les messages à faire passer à travers des protagonistes mi-figue mi-raisin, même s’ils sont percutants. L’auteur n’épargne rien à qui que ce soit, c’est souvent très dur et poignant. J’attends sincèrement d’en savoir plus, sur Amélie et son destin, sur les réelles motivations de Joseph Mars, de Saint-Ange ou du charpentier, sur ces dernières pages qui laissent songeur notamment avec la civilisation Oko et ce nouveau personnage qui fait une entrée fracassante.





Tout ce malheur pour un peu de café, de confiture et de chocolat à l’heure du goûter… Pour cette folie du sucre qui a envahi les salons d’Europe. Cette année, la colonie de Saint-Domingue engloutira à elle seule quarante mille nouveaux captifs dans ses plantations.



Crédits images :
Flaticon * On lit plus fort * Tipeee * Livraddict * Unsplash (Dibert Theron, Sophie Vinet-Louis, Dayso QL) * Les illustrations sont issues du roman et sont de François Place

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4 Commentaires

  1. Je suis contente de lire ton avis sur ce roman ! Et je te rejoins sur tous les points que tu as soulevé, que ce soit les aspects négatifs ou positifs.

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  2. J'aime beaucoup ce que tu en dis, je me le note! :)

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    1. Merci, j'espère que tu pourras le découvrir un de ces jours =)

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