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LECTURE EN VRAC : Histoires de moine et de robot, L'Espace d'un an, Jefferson se fâche, Magistrale
Histoires de moine et de robot de Becky CHAMBERS
Tome 1 : Un psaume pour les recyclés sauvages | Tome 2 : Une prière pour les cimes timides
Éditions l’Atalante (La Dentelle du cygne) – 2022 et 2023 – 133 pages et 114 pages – 13 €
Science-Fiction | Cosy SF | Hopepunk/Solarpunk | Philosophie | Robot
Avertissement : [différents thèmes sont abordés dont l’anxiété, le mal être]
Radar à diversité : [personnage principal non-genré, utilisation du pronom iel]
Voilà des siècles, les robots de Panga ont accédé à la conscience et lâché leurs outils ; voilà des siècles, ils sont partis ensemble dans la forêt, et nul ne les a jamais revus ; voilà des siècles qu’ils se sont fondus dans les mythes de l’humanité. Un jour, la vie de Dex, moine de thé, est bouleversée par l’arrivée d’un robot qui, fidèle à une très vieille promesse, vient prendre des nouvelles. Il a une question à poser, et ne rejoindra les siens qu’une fois satisfait de la réponse. La question : « De quoi les gens ont-ils besoin ? » Mais la réponse dépend de la personne à qui on parle et de comment on pose la question. La nouvelle série de Becky Chambers s’interroge : Dans un monde où les gens ne manquent de rien, à quoi sert d’avoir toujours plus ?
Ça faisait un moment que j’avais très envie de découvrir Becky Chambers et sa manière d’écrire des histoires de cosy SF. Je commence donc mon aventure avec deux très courts romans qui nous narrent le voyage de froeur Dex et du robot Omphale. Une très belle lecture, qui, malgré sa grande douceur et sa délicate histoire, manque un peu de développement et de précision à mon goût.
J’ai adoré cette histoire apaisante et bienveillante qui aborde quelques questions de vie, de genres, de philosophie et de société, d’environnement également. J’aurais aimé aller plus loin avec toutes ces questionnements, néanmoins, Becky Chambers parvient en quelques lignes à nous permettre de réfléchir en solo ou en compagnie de ses personnages.
Ici, nous sommes dans un monde futuriste et optimiste (le solarpunk), vivant en harmonie avec la nature. Nous avons une histoire qui repose essentiellement sur une dynamique de dialogues et d’interactions entre deux personnages très différent. Le voyage est super agréable à suivre, j’ai bien aimé l’univers et c’est pour cela que je regrette tant de ne pas en avoir plus, parce que l’autrice a fait un merveilleux travail pour nous immerger dans Panga, sa culture, ses rapports humains, l’histoire autour des robots et de la technologie… C’était passionnant.
L’intrigue est celle d’un voyage aussi bien physique que métaphysique, psychologique et initiatique. Ce qui m’a charmé c’est le style sans fioritures de l’autrice, c’est captivant et enjôleur sans en faire des tonnes, sans aller dans les envolées lyriques. Elle ne s’enferme dans aucun pathos, elle montre un personnage dans sa complexité et ses doutes dans un monde où tout va bien. Dex a un côté taciturne et anxieux, j’ai été touché par son histoire et ses fragilités même si j'ai eu du mal à m'attacher au protagoniste.
De l’autre côté, elle a parfaitement su donner une âme, une humanité incroyable pour Omphale, ce robot m’a bien souvent fait rire et m’a émue. Il est attachant, pose des questions très intéressantes sur notre rapport aux autres, à l’environnement, s’émerveillant de chaque petite chose au quotidien. La dynamique entre les deux rend les dialogues savoureux, donne du piquant à certaines situations et nous touchent, en particulier avec ce final lumineux.
Jefferson se fâche de Jean-Claude MOURLEVAT
Tome 3 de la saga Jefferson
Éditions Folio Junior + Gallimard Jeunesse (grand format) – 2024 – 221 pages – 9 €
Littérature jeunesse | Policier | Personnages animaux et humains | Écologie | Greenwashing | Enquête
Avertissement : [roman avec des scènes comportant de la violence et cruauté sur animaux, chantages et menaces]
Radar à diversité : [personnages atteints de surdité]
Ce matin-là, Jefferson est surpris par le silence qui règne dans la maison. Pas un bruit au-dehors, et pour cause : le pays des animaux est sous la neige. Alors qu’il aide son ami Gilbert, le cochon, à déblayer l’accès à son garage, Jefferson aperçoit une botte qui dépasse du tas de neige. Dans la botte : une chaussette de laine. Dans la chaussette : un pied. Au bout du pied : le chat Émile, gelé. Une nouvelle enquête démarre.
Tellement contente de profiter du Cold Winter Challenge pour caser le troisième opus des aventures de Jefferson, un tome qui se passe en hiver et plus particulièrement à Noël. Et même si ce tome n’est pas mon préféré de la saga, j’ai passé un bon moment avec cette lecture et nul doute que si l’auteur en sort un nouveau, je serais de la partie. Parce que très clairement, la série est excellente en matière de polar jeunesse / ado.
Je trouve que ce tome a une petite ambiance thriller, espionnage qui ne m’a pas déplu, j’ai adoré cette intrigue autour de l’écologie, de l’industrie, des pratiques douteuses et trompeuses, de la corruption politique et de l’activisme, du greenwashing, j’ai adoré le fait que l’auteur a su parfaitement traiter de ces sujets à destination des plus jeunes. Il a su expliquer certains concepts, ce qui est loin d’être facile, et je suis admirative du parti pris.
Parce que cela donne une intrigue bien plus sombre et mature que celle du second tome et en cela, je retrouve un petit quelque chose du premier opus. L’histoire est plus violente sans pour autant être horrifique pour le lectorat visé, au contraire, Jean-Claude Mourlevat sait parfaitement doser cette noirceur en la contrebalançant par un humour incisif et des situations pétillantes, surprenantes et très drôles.
Par ailleurs, quelle joie de voir qu’il a mis à l’honneur des protagonistes atteints de surdité, qu’il a su parler de la langue des signes. Les histoires et les belles personnalités d’Emile et d’Agathe m’ont conquise, cela va de pair avec ma joie de retrouver des personnages des intrigues précédentes, même en simple apparition, cela fait tellement plaisir de les revoir. Et que dire de Jefferson et de Gilbert ? Si ce n’est qu’ils sont attachants, que leur amitié est magnifique et que j’ai aimé suivre leur nouvelle enquête.
Enfin, l’auteur a une plume tellement géniale, solide et travaillée pour donner du contexte, du poids à ses engagements, beaucoup de justesse et d’émotions pour sensibiliser à des sujets délicats, une sacrée dose d’humour pour osciller entre l’absurde et le grinçant. C’est hyper fluide à lire et je me suis bien amusée durant cette lecture, avec comme pour les précédents tomes, les chouettes illustrations d’Antoine Rozon pour accompagner à merveille le texte.
Les Désobéissants de Nathalie DARGENT et COLONEL MOUTARDE
Tome 1 de la saga La Légende de Magistrale
Éditions Sens Dessus Dessous – 2025 – 304 pages – 20 €
Roman | Enfance | Pré-ado | Fantasy | Aventure | Animaux | Famille
Avertissement : [scènes de violences physiques, guerre et mort]
Quand deux lapins pouilleux se rebellent contre la reine d’Orgueil, c’est le début d’une grande comédie d’aventure, pleine de panache et de fantaisie. Et la légende peut commencer…
Je tenais avant tout à remercier Babelio via une Masse Critique ainsi que les éditions Sens Dessus Dessous pour m’avoir fait découvrir ce livre, sans ça, je serais passée à côté et sincèrement, je l’aurais bien regretté. J’ai eu un énorme coup de cœur pour cette histoire et il me tarde de pouvoir un jour découvrir le second opus, peu importe où il nous mènera. J’y vais les yeux fermés.
Le texte est merveilleux, écrit au présent, et si cela m’a décontenancé au départ, je me suis vite habituée. L’histoire est dynamique par le nombre incroyable de péripéties, par l’aspect survitaminé que l’autrice exploite à travers les 300 pages de ce premier opus, j’étais à fond dedans, il se passe toujours quelque chose et j’adore le ton donné par Nathalie Dargent.
Il y a beaucoup d’humour dans ce texte, de très bonnes trouvailles en matière de jeux de mots et surtout, sous ce vernis d’aventure fantaisiste et bon enfant, se cache des messages très engagés, une subtilité dans l’implicite et les thèmes qui m’a subjugué. Politique, lutte des classes, royauté, la pauvreté, l’exploitation, la guerre, la famille, l’amour, les amis, la quête de vérité, il y a ici de quoi ravir les enfants et les pré-ados, on leur propose une très belle histoire.
L’univers est captivant, nous sommes sur de la fantasy animalière et pour éviter de trop en dire par le texte, l’illustratrice a trouvé la parade parfaite : entre chaque chapitre, il y a des double-page pour présenter des lieux, des coutumes, des personnages, des récits et fables. C’est tellement intelligent, ça ne coupe pas l’enthousiasme de lire le récit, ça permet de faire des pauses instructives. Le monde inventé est donc dense et complet, il me tarde de le retrouver.
Les personnages sont hyper attachants, Robin et Charlie, frère et sœur, nous partage leur belle aventure pour délivrer leur mère d’une prison où elle fut injustement jeté par les grands de ce monde. Carnage est fascinant, c’était mon chouchou avec l’ourse Nanako, la nourrice Rosine et les enfants-otages de la reine. Tous apportent un plus au récit, ont un rôle et sont passionnants à rencontrer.
Enfin, les illustrations permettent de créer un très beau livre-objet. Couverture, jaspage illustré, des frises pour décorer les pages, des dessins en pleine page ou dans le texte, sans oublier les bonus entre chaque chapitre… Peu importe où vous posez le regard, il y a un travail d’immersion qui m’a bluffé et ce style graphique m’a séduite dès le départ, on pourrait en faire un film d’animation ou une série tant c’est élégant, expressifs.
L’Espace d’un an de Becky CHAMBERS
Tome 1 de la saga Les Voyageurs
Éditions Le livre de poche + L'Atalante (grand format) – 2020 – 592 pages – 9 €
Roman | Adulte | Science-Fiction | Space Opera | Solarpunk | Voyage
Avertissement : [scène d’agressions physiques]
Radar à diversité : [personnages et romances LGBT, relations amoureuses entre humains et aliens ou entre humains et IA]
Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, fuit sa famille de richissimes escrocs. Elle est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l’espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d’autres humains. La pilote, couverte d’écailles et de plumes multicolores, a choisi de se couper de ses semblables ; le médecin et cuistot occupe ses six mains à réconforter les gens pour oublier la tragédie qui a condamné son espèce à mort ; le capitaine humain, pacifiste, aime une alien dont le vaisseau approvisionne les militaires en zone de combat ; l’IA du bord hésite à se transférer dans un corps de chair et de sang…
Très contente d’avoir pu lire le premier tome des Voyageurs, je sais que les prochains opus sont sur des personnages très différents, mais j’ai tout de même pris mon temps pour chérir chaque instant passé avec Ashby et son équipage. J’avais peur de passer des novellas (Apprendre si par bonheur, Une histoire de moine et de robot) à un roman entier, mais force est de constater que Becky Chambers a su créer une SF optimiste, douce, moderne qui m’a émerveillé du début à la fin.
J’ai aimé cet aspect tranche de vie déguisé derrière une passionnante aventure de space opera, c’était un voyage sur le plan physique et psychologique. Chaque personnage a pu voir son histoire se développer tout en apportant des éléments pour étoffer l’univers, j’ai adoré retrouver certains grands thèmes abordés dans les autres récits de l’autrice tout comme j’ai aimé cette atmosphère found family qui m’a rappelé un peu Mass Effect, un de mes jeux vidéo préféré.
Le texte prend son temps, mais c’était ultra plaisant de parcourir chaque escale, chaque planète pour mieux comprendre les différentes espèces, les enjeux avec des thématiques bien exploitées et qui permettent d’aborder la science-fiction sans chopper un mal de crâne. C’était pointu mais pas lourd, c’était maîtrisé pour donner de la matière au récit, de la crédibilité et j’ai adoré chaque personnage rencontré.
Becky Chambers a une jolie écriture pour travailler les émotions, les relations entre les protagonistes, ce qui donne un récit apaisant et soigné, délicat et plein de charme. J’ai aimé le capitaine Ashby, j’ai été très touché par le docteur Miam et Ohan, j’ai apprécié les femmes du roman, que cela soit Rosemary, Sissix ou encore Kizzy, Jenks était adorable et si attachant dans sa manière d’être, même Corbin que l’on apprend à découvrir au fil du roman, ils sont d’une grande humanité et permettent d’avoir de la diversité, de l’inclusivité, de moderniser la SF.
L’histoire m’a conquise, parce qu’elle propose une petite histoire dans la grande histoire. Il y a des enjeux de pouvoirs, de guerre et de diplomatie, de politique – mais nous suivons surtout un équipage éloigné de ces turpitudes, c’était un pari audacieux de tenir près de 600 pages sans réellement un apport épique et tendu, pour autant, les surprises sont nombreuses, la route est agréable, le voyage est touchant et je ressors avec l’envie de découvrir le prochain tome.








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